J’avais déjà pu parler un peu de Friendzone au début de l’été, profitant de la sortie d’une cassette de Shady Blaze pour les présenter eux ainsi qu’une bonne partie des producteurs qui ont travaillé avec la famille Green Ova. Je vous renvoie à cette introduction si, pauvre de vous, vous ne les connaitriez pas encore.
Aujourd’hui sort le second volume des compilations Kuchibiru Network, sur lequel on retrouve plusieurs de ces producteurs. Aux côtés de leurs propres travaux Friendzone ont donc invité, entres autres, L.W.H., Ryan Hemsworth, Julian Wass mais aussi Silky Johnson ou Skywlkr. Beaucoup de noms différents mais malgré tout un projet qui maintient une unité du début à la fin et, même si chacun garde sa petite particularité, c’est en les voyant ainsi côte à côte que l’on voit que tous ces producteurs sont bien les étoiles d’une même constellation. Kuchibiru Network est la parfaite porte d’entrée vers la musique de ces gars, que ce soit les atmosphères inspirées de pop japonaise de Friendzone, la bande originale d’aventures bibliques de L.W.H., les samples d’électronique céleste de Ryan Hemsworth ou le design sonore de quêtes secrètes d’un jeux vidéo qui n’existe que dans l’imagination de Julian Wass.
On y retrouve aussi plusieurs apparitions de Squadda B, MondreM.A.N. et Shady Blaze au micro, qui nous font nous poser une question existentielle: A quand un long projet de ces garçons entièrement produit par Friendzone ?
La cheville entravée par un bracelet électronique et apparaissant dans ses vidéos avec tour à tour une jambe ou un bras cassé, selon qu’il se soit fait tirer dessus ou tabasser par la police, HD porte sur lui les stigmates d’une vie calme et reposante, où le mot d’ordre est ‘stabilité’.
HD rappe à propos de cette vie rythmée par une « occupation compliquée » qui explique ses allers et retours en prison (il y est d’ailleurs au moment où j’écris ces lignes), à propos de cette vie qu’il aborde comme un jet de dés qu’il doit sans cesse relancer. Jamais à l’abri d’un bad beat qui le forcerait à devoir tout arrêter du jour au lendemain, HD profite alors des 3/4 mois de liberté qu’il lui reste par an pour rapper comme un mort de faim, sur tout ce qui lui passe sous la main.
En deux ans, une dizaine de cassettes chargées à ras bord de couplets sur ses affaires de port d’armes et de chicken, mais aussi et peut être surtout, sur les bienfaits de la consommation de syrop et d’herbe violette, puis sur son amour pour ce qui le rend particulièrement émotionnel, les goapalés (gwap), surnom donné à ses très grosses liasses de Benjamins avec lesquelles il essuie la sueur et les larmes.
HD n’est sans doute pas un rappeur que l’on va écouter pour prendre une claque technique, il n’apporte rien de nouveau et n’a clairement rien à proposer au grand public ou même à qui que ce soit en dehors des auditeurs de rap de rue. En plus, comme je le disais, il rap sur tout ce qu’il peut. N’ayant certainement pas les moyens de s’offrir des productions qualités premiums, il se contente de faces B, de radio rips, de boucles très simples, parfois de morceaux pop ou funk à peine samplés avec une ligne de basses juste posée dessus.
Malgré ça, ses disques sont toujours réussis. Pour qui est réceptif aux ambiances de gangsters, HD remplit le cahier des charges grâce à un personnage charismatique qui sait raconter ces histoires en en oubliant aucun aspect. HD aime son quartier et son mode de vie mais ne le glorifie pas, décrit les difficultés de sa condition et des siens, avec un portrait parfois très dur, parfois très noir, mais sans être misérable.
I worked the shawty like a black panther, But I’m trapped with this crack, the ghetto cancer, Given STD’s injected HIV, She feel like she getting blessed when I serve her some D
L’autre tour de force de ses projets est d’arriver à créer une ambiance cohérente malgré l’impression de patchwork donnée par son choix de beats (que j’imagine limité par ses moyens). Mis à part peut être les trois volumes de Extortion Muzik, mais il s’agissait ici vraiment de mixtapes un peu fourre tout, il arrive a créer et à maintenir une couleur sonore du début à la fin, comme s’il était touché par une forme de synesthésie. Les exemples les plus parlants étant The Coldest Winter Ever, ou l’hiver est rappelé jusque dans les mélodies très froides, ou tout récemment son album Fresh, produit par DJ Fresh & le Whole Shabang, son projet le plus sérieux, dans tous les sens du terme, sorti pour l’instant.
A propos de Fresh, et malgré les qualités de ce disque, il est étrange de voir à quel point il a été baclé, chose à laquelle on est peu habitué avec les productions de DJ Fresh: présence de sons parasites, morceaux qui sautent et/ou se coupent trop tôt. DJ Fresh ne produit d’ailleurs qu’un tiers de l’album, laissant le reste au main de son équipe de production. De là à penser que Fresh délègue et s’implique moins quand il travaille avec certains rappeurs plutôt qu’avec d’autres, il n’y a qu’un pas que j’ai allègrement franchi.
Malheureusement pour lui, sa personnalité et son mode de vie risquent d’être d’immenses obstacles à sa carrière. Son avant dernier voyage en prison l’a par exemple privé d’une apparition dans la clip de Gimme Da Loot de Shady Nate… probablement le plus gros tube que la Bay ait produit cette année et sur lequel il est censé être en featuring. Ce à quoi s’ajoute une tendance à clasher avec quiconque tente de collaborer avec lui, confère son récent beef avec Lil Rue, avec qui il avait pourtant de très bons morceaux ou l’interlude sur Coldest Winter, où il s’est enregistré en train d’appeler DB Tha General pour l’insulter…
HD a déjà collaboré avec Lil Blood, Philty Rich, Al Husky, Mistah F.A.B., Lil Rue, etc. mais jamais sur ses propres disques, où il préfère être entouré par sa propre équipe, le Bearfaced Gang. Hen Sippa, Lil Rod, Blast Holiday, G-Sirty, 600BJ, B-Stroll, etc, etc. font tous, tout comme lui, des allers et retours par la case prison… et mis à part Blast Holiday, je ne crois pas qu’ils aient sorti de projet en solo. Parmi cette équipe, on retient particulièrement les apparitions de Hen Sippa, dont le flow rauque et nonchalant est l’équivalent sonore du visage du chien Droopy.
Rien à partager avec vous, les projets d’HD sont tous disponibles sur Rapbay.com, je vous conseille de commencer par Emotional Bout My Guap, puis d’enchainer avec l’album Fresh, en attendant son véritable premier long format en solo Breakin’N’Entering, prévu pour la fin de l’année.
Bientôt un an après sa sortie, Flockaveli reste l’album le plus important de ces dernières années. Le mieux placé en tout cas pour se voir un jour estampiller le label « classique » que beaucoup desservent à tors et à travers. Au delà de sa qualité, dont il a déjà été question maintes fois ici, fouillez, il est l’album qui a eu le plus d’impact sur le rap en général. Avec le cycle de mixtape qui l’a précédé, Flockaveli n’en étant finalement que la conclusion, Waka Flocka Flame a pu avec ce premier album s’imposer comme l’allégorie de 20 ans de gangsta rap, tout en posant les bases de ce qu’allait être une bonne partie de ce genre de rap. Son rôle dans le succès connu par Lex Luger par la suite n’est même plus à prouver, et après lui beaucoup ont essayé de dompter ses productions en espérant récupérer quelques gouttes de l’éclat de Waka Flocka… le plus souvent vainement, n’étant pas capable de faire d’avantage que des imitations de Hard In The Paint, ou de B.M.F. une fois que Rick Ross fut passé par là.
Du coup, plus que du respect des auditeurs de rap, ce dont Waka Flocka Flame peut être fier, c’est d’être probablement le rappeur le plus écouté par les autres rappeurs aujourd’hui. Rick Ross, Juicy J et une autre bonne centaine de gars ce sont déjà mis au jeu des adlibs et slogans répétés en boucle, les membres d’Odd Future ne cessent de crier leur amour pour lui, à sa libération Prodigy a affiché d’entré son envie d’un featuring avec celui qu’il a écouté des journées entière en prison, plus récemment Nas ou même le canadien de The Weeknd l’ont contacté pour travailler avec lui… Et dans les deux morceaux que Master P sort après presque 4 ans de silence, l’influence est plus que palpable.
Malgré tout, Juaquin reste ce gars humble en interview, refusant, par respect, d’être comparé aux rappeurs qui ont une carrière plus longue que la sienne. Il garde aussi le côté #emoteam des morceaux sur ses amis, sa mère ou son frère mort, et stressé par le bussiness de la musique il annonçait au début de l’été:
Triple F, la tant attendue suite à Flockaveli, prévu pour décembre de cette année, pourrait être le dernier album de Waka Flocka. Entièrement produit par Lex Luger et South Side, difficile de savoir à quoi s’attendre avec cet album, même si le titre et le premier single laissent penser qu’il sera moins énervé que son prédécesseur. Je met ma pièce sur des prod. de Lex Luger dans la veine de celles de Koolin’ (sur Twin Towers 2), c’est à dire à des années lumières du « son Luger » que tout le monde s’entête à vouloir entendre et des thèmes plus proches de celui de For My Dawgs que de Bustin At Em.
En attendant Waka continue de rendre l’internet noisette avec la sortie régulière de mixtapes, que ce soit seul ou en collaboration avec ses camarades du 1017. Alors, avant la sortie de la prochaine (vendredi prochain, à 10:17), je vous propose une sélection de ce qu’il a pu beugler de meilleur ces 6 derniers mois. C’est plutôt agréable d’avoir tout ça de réuni étant donné que ses K7 sont souvent de gros bordels avec des morceaux inégaux et mal taggés. Là pour le coup vous tenez sa meilleure K7 de l’année. Et évidemment tout est NO DJ. #RARE