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Plutôt que de proposer un top 10, 5 ou 100 de mes disques préférés de l’année, je vais essayer de revenir chaque semaine sur l’un d’entre eux, en privilégiant ceux dont je n’ai pas déjà parlé ou qui sont passés trop inaperçus à mon goût. Je commence avec le premier album du rappeur d’Huntsville Kristmas.

Avec ce premier album, Kristmas nous fait une parfaite présentation de lui-même, de sa vie et de son univers. Un quotidien rythmé non pas par la cuisson de bicarbonate de soude mais partagé entre un emploi salarié, le studio et les bars d’Huntsville. Une condition qu’il évoque sans jamais tomber dans la complainte larmoyante : Kristmas est fier d’être « working man », de la même manière que beaucoup sont fiers d’être des « trap boys ».

Originaire d’Huntsville et membre de l’équipe Slow Motion Soundz (PRG’z, G-Side, etc.), celui qui officie aussi au sein du groupe DB49 bénéficie du travail des producteurs du coin, les Block Beattaz en tête, dont le talent n’est j’espère plus à prouver.

On retrouve donc sur W2 Boy les envolées instrumentales et les ambiances nuageuses typiques des albums du SMS, servant des textes marqués par l’appartenance sociale de Kristmas… dans la plus pure tradition d’un rap du sud que le grand public se borne à ignorer.

Mais cet album est tellement marqué par la vie et la personnalité de son auteur que le mieux pour en parler, reste de lui poser quelques questions…

Peux tu te présenter en deux mots ?

Je suis Kristmas alias le gros le plus frais de la planète, le roi de la coordination, W2 boy, voix de la main d’œuvre, le roi des comptoirs de bar, etc… haha !

Comment est-ce qu’on grandit dans une ville comme Huntsville ? 

En fait je n’ai pas grandi à Huntsville. J’ai grandi dans une toute petite ville de l’Alabama qui s’appelle Shorter. C’est à presque 3 heures au sud d’Huntsville. Pas de lumière dans les rues, beaucoup de routes cabossées et une population de peut être 1 000 personnes. C’est extrêmement rural et toutes les activités se trouvent en dehors de la ville… On y a pas eu la télé par cable avant 1994!

J’en suis pas fier mais je me rappelle avoir été viré en 5ème (7th grade) de l’école parce que j’avais bu… Dès le CM1, CM2 (4th grade, 5th grade) on regardait des pornos pour s’en inspirer peu de temps après… En fait, si le Sud se développe lentement, nous on grandissait très vite !

Comment s’est faite ta découverte du rap ? D’abord en tant qu’auditeur.

En fait j’ai une sœur qui a 10 ans de plus que moi, donc ma rencontre avec le rap s’est faite avec Children’s Story de Slick Rick, The Ghetto de Too $hort, Run D.M.C., Big Daddy Kane, Kool Mo Dee, ou bien 2 Live Crew, LL Cool J… Dans le même temps mes parents étaient fans de Blues, donc ça s’est mélangé avec Al Green, Otis Redding, Sam Cooke, BB King, Isley Brothers. On peut rajouter un peu de gospel là dedans parce que j’allais à l’église… ce sont vraiment les bases des musiques qui m’ont influencées.

La première fois que j’ai acheté une cassette, je devais avoir 11 ans. Je m’étais inscris en cachette à « Columbia House » qui te permettait à l’inscription d’avoir 11 Cds gratuits, puis après quand t’en achetais 2, d’en avoir 3 gratuits ou un truc comme ça ! Du coup, mes 11 premiers CDs c’étaient Ready To Die, le premier Ol’ Dirty Bastard, 36 Chambers du Wu-Tang, l’album des Gravediggaz, Smoove Da Hustler, Craig Mack, Aaliyah et je me rappelle pas du reste. Je me suis bien fait botter le cul à cause de cette commande, mais c’était un sacrifice acceptable tellement j’aimais cette musique !

Et quand est-ce que tu t’es dis que toi aussi tu voulais être rappeur ? Tu peux nous raconter comment tout à commencé, jusqu’à la rencontre avec les gars de SMS, DB49, etc. 

J’apprenais par cœur tous les textes de rap que j’entendais. J’écoutais la cassette, je mettais pause, j’écrivais ce que j’avais entendu, et ce jusqu’à avoir tout le texte. Après je relançais la chanson et je rappais par dessus en me prenant pour le rappeur.

Le premier rap que j’ai écris c’était pour un devoir d’été. C’était sur les dangers du sexe non protégé, les MST, le SIDA et… ouais, j’avais que 9 ans… Mais on a grandit tellement vite qu’il fallait qu’on soit au courant de ces choses très vite. Je crois qu’il y a toujours eu une part de « conscience » dans ma musique… Après j’ai rappé autant que je le pouvais, de la primaire jusqu’au lycée, et bien avant que ce soit vraiment à la mode.

Quand j’ai commencé, je voulais être un mélange de Kool Moe Dee, Slick Rick et Big Daddy Kane. Pour moi, ils représentaient la classe en personne. Pour ce qui est de mon flow, je dirais que c’était du côté de Jay-Z, mais aussi MJG, Bun B, Mac (No Limit), Fiend, Outkast, Ghostface, Snoop… celui de Nas sur la Purple Tape de Raekwon… C’est un mélange de tout ça qui a fait de moi le rappeur que je suis.

C’est plus tard, vers 1999 que j’ai rencontré Slow Motion Soundz. Mata, qui est maintenant membre du Paper Route Gang’z m’avait présenté au reste du « Slo’ ». On avait discuté d’un premier contrat, mais j’avais refusé parce qu’à l’époque ils avaient déjà beaucoup d’artistes à gérer en même temps. Malgré ça, ils m’ont aidé à monter mon propre label, Shorterboy Records, vers 2002/2003. C’était à l’époque de Lacs N Prices. Même si j’avais mon propre label, j’ai enregistré une grosse partie de mes chansons aux studios de « Slow Mo’ ». Et en 2007, après la sortie de ma première cassette, So Gifted, j’ai mis de côté la gestion du label pour me focaliser sur ma carrière d’artiste. Je suis entré officiellement dans SMS un an après, à l’époque où G-Side bossaient sur Huntsville Int’l. Au même moment Bentley et G-Mane étaient aussi en enregistrement et Bentley a demandé à S.T. de venir sur une des ses chansons. S.T. a convaincu Bentley, qui ne me connaissait pas à l’époque, que j’étais parfait pour le chanson qu’il lui avait proposé. C’était No Special Technique. Ca s’est fait, et ça a tellement bien fonctionné qu’on a commencé à blaguer sur le fait de faire une cassette entière tous les trois… Après ça on s’est revu tous les samedis au studio pour boire, fumer et faire du rap et on a commencé à faire cette cassette.

On s’est dit, si on fait un disque ensemble, il nous faut un nom. C’est GMane qui a eu l’idée de « DB49 ». Le soir même où on a trouvé le nom du groupe, on a fait un concert dans un club, on a acheté des pintes de bières qu’on a alignées tout le long de la scène pour que le public puisse boire pendant le concert ! Haha, la vraie vie !

Aujourd’hui, on le sait parce que tu le répètes souvent dans ton album, tu continues à avoir un travail à plein temps en plus du rap. Comment tu fais pour combiner les deux ?

Hahaha, parfois c’est l’enfer, et je me demande moi même comment je fais… A un moment c’était plutôt facile mais après… ça à commencé à devenir très chaud ! Quand les concerts ont commencé, le tournage de vidéos, toutes ces choses ont rendu la gestion de mon temps très difficile. Mais le fait que je sois manager (à son travail) m’aide un peu. Ca me permet de gérer mon emploi du temps comme je l’entends. Codie G me dit à l’avance ce que sera notre emploi du temps, et je peux essayer d’arranger mon travail en fonction. Mais n’oublie pas que je suis la Panthère du Slo’Mo’ et que quoi qu’il arrive je trouverais du temps pour rapper !

Et si t’avais la possibilité d’arrêter de travailler pour ne vivre que du rap ? Tu le ferais ou t’as besoin de cette équilibre entre les deux ?

Mec, je quitterais mon travail dans la minute…Mais j’ai besoin de cet argent et c’est pour ça que je continue à travailler. J’ai réussi a avoir un mode de vie plutôt agréable et je n’ai pas envie de le sacrifier. En plus j’ai Ayden maintenant, mon bébé qui vient juste de naitre (3 jours avant cette interview… félicitations a Kristmas et la maman !) donc je ne peux vraiment pas quitter mon job. Mais si un jour j’en ai l’opportunité ! Ce serait génial de pouvoir vivre uniquement de ce que j’aime faire.

Comment tu perçois l’industrie de la musique aujourd’hui ? Et celle du rap en particulier…

Je pense que c’est cool pour le rap aujourd’hui. Les indépendants reprennent du poids, et je suis indépendant donc… je suis à la bonne place ! Je pense qu’il y a beaucoup de faux indépendants maintenant, genre secondés par un gros label mais qui font comme si ils faisaient tout eux même… Nous on est vraiment indépendants. On paie tous nos frais et on doit économiser petit à petit pour travailler, pas de soutiens d’un label ou quoi. Mais le rap est cool aujourd’hui, il y a beaucoup de bonnes choses qui sortent, je suis content.

Vous avez beaucoup de très bons rappeurs et producteurs à Huntsville et j’ai l’impression que vous avez surtout un succès très local ou alors auprès d’un public de spécialistes. C’est une volonté ou vous avez le désir d’avoir un jour un succès national, voir grand public ?

Je pense que l’envie est là, j’en suis sûr même. Mais je crois que nos gars avec le plus de potentiel ne sont pas concentrés là dessus. On est plus centré sur le développement de notre propre économie, de notre propre scène. On a vu des gens se faire tirer dessus pour avoir eu un statut de superstar… nous on fait juste notre truc. Et si une superstar vient frapper à notre porte on s’enfuira pas en courant, juste on ne court pas après ça.

Mais c’est vrai que, vu à quel point on est cool, c’est dommage qu’on ait pas notre reality show, notre tournée mondiale et des poupées parlantes à notre effigie en magasin ! Haha !

Et là si un label venait te voir avec le contrat qui ferait toi une superstar, tu signerais ?

J’aime Slow Motion, vraiment, et je préfèrerais un contrat venant de quelqu’un qui veut signer toute notre équipe pour garder la même hiérarchie, CP, Codie G, etc. Eux me connaissent déjà, ma musique, mon potentiel… Je vais avoir 30 ans mercredi là (7 décembre), et je ne cours pas après ça. Donc si un label veut me signer, qu’il sache qu’il devra prendre mon équipe de management et de production avec moi !

Pour ce qui est des producteurs, tu travailles notamment avec les Block Beattaz. Ils donnent généralement l’impression de s’adapter au style des rappeurs avec qui ils travaillent. Ils ne font pas le même genre de beats pour G-Side ou pour Jackie Chain par exemple. C’est pareil avec toi (cf. Slavin). Comment c’est de travailler avec eux ? Tu leur demande ce que tu veux, les guide, ou est-ce qu’ils font ça vraiment au feeling ?

Je crois que je suis différent de la plupart des rappeurs, à savoir que j’écris mes textes sans jamais entendre de beat. Je veux pas que le beat influence ce que j’ai à dire. Donc normalement j’ai tout au plus un refrain, une idée de quelques samples que je veux et je leur dit. La plupart de mes chansons naissent comme ça. Après t’en as qui arrivent d’un coup en entendant un beat, comme avec Cool Muffucka sur W2, et je pense à un refrain… c’est toujours le première chose à laquelle je pense quand je travaille une chanson. Et après ça, CP va avoir ses propres idées, va faire sa petite cuisine qui va parfaitement coller à ta musique, qui que tu sois !

Et en dehors de ton équipe, y’a des gens avec qui tu voudrais travailler ?

Hum, je pense que je vais faire quelques trucs avec Big K.R.I.T…. Surtout après que Spin Magazine nous ait identifié tous les deux comme « la nouvelle vague du rap conscient » ; bien que je pense qu’on soit juste tout les deux des mecs normaux. On travaille dur et honnêtement, mais on fait aussi la fête au moins aussi sérieusement que l’on travaille !

Et sinon quels sont les prochains projets que l’on va pouvoir écouter ?

Alors… Il y a No Hooks qui arrive, un projet qui réunit DB49 et S.L.A.S.H.. Les solos de Bentley et S.L.A.S.H. arrivent très vite aussi, ceux de Zilla et de G.I.A. suivront. Et pour moi ? Il y a donc No Hooks… et quand j’aurais changé la roue arrière de ma caisse, je sortirai un nouvel album. Provisoirement intitulé 1225, mais ca changera probablement de nom.

Sinon, j’ai cru comprendre que tu étais aussi bon en rap qu’en levée de coude… Tu sais qu’on pense être champion de ça en France. Il faut que tu nous conseille des boissons, ou mieux, ce qu’on doit boire en écoutant W2 !

Crois le ou pas, mais ma boisson préférée est un Cognac français, le Courvoisier. On boit beaucoup avec du jus de canneberge, et on le répète assez dans nos chansons, on boit aussi beaucoup de bières brunes !

Sinon, en écoutant W2, tu as besoin de plusieurs boissons. Pour Feng Shui et Cool Muffucka, tu dois boire un French Connection, un cocktail de Courvoisier et de Grand Marnier glacé ou froid. Après tu as besoin de quelques shots de Tequila pour les chansons plus aggresives. Il te faut aussi une bouteille de Crown Royal et de jus de canneberge.

Dans le bar où j’ai mes habitudes, le « Diapers n Daicquiris », ils font un cocktail qui s’appelle le « Crown Slushy ». Tu prends du Crown Royal, des canneberges et de l’Apple Pucker, le tout mélangés avec de la glace… et là BOW, un Crown Slushy !

Avec tout ça, à manger, je conseille des ailerons de poulets citronnés et poivrés !

Wow, merci pour tous ces conseils. Maintenant si tu veux ajouter quoi que ce soit pour conclure…

Pour finir… Slow Motion jusqu’à la fin du monde ! Soyez sûrs d’avoir écouté iSLAND de G-Side, la cassette de Zilla, l’album d’Untamed, et évidemment W2 Boy, mon album. Et sinon, qui est-ce que je dois appeler pour pouvoir faire un concert en France ? On a fait tout le tour de l’Europe mon gars… Mais jamais la France ! Vous nous ignorez ou quoi ? Haha !

Merci beaucoup à Kristmas d’avoir accepté de répondre à mes questions.

W2 Boy – Kristmas (Album)

 

W2 Boy – Kristmas (Album)

  1. Somethin Wrong Ft. Codie G
  2. I Need A Drink Ft. Codie G & Joi Tiffany
  3. Simple Economics
  4. My Bizness
  5. Society Sayz Ft. S.L.A.S.H.
  6. Feng Shui
  7. Kristmas Goes To Jail (Skit)
  8. Cool MF Ft. Shyft & Joi Tiffany
  9. Gangsta And Gentleman
  10. My Good Thang Ft. P.H.
  11. Don’t Get Left Ft. Amp G
  12. My City Ft. Bentley & Chris Lee
  13. Slavin Ft. Shyft
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En avril dernier, ASAP Rocky était flatté qu’un obscur site en français parle de sa musique. A peine 8 mois après, le voilà devenu signataire d’un contrat de 3 millions de $ chez Sony/RCA. Que s’est il passé entre temps pour qu’une telle ascension soit possible ?

Les premières fois où j’ai entendu parler de ce qui allait devenir LiveLoveA$ap, c’était encore un album sans nom ou parfois appelé Mouth Fulla Gold. Il n’avait pas encore de véritable date de sortie, et même si l’entourage de Rocky tablait pour la fin juin, rien n’était pressé. Il n’y avait pas encore de public, si Clams Casino ou DJ Burn One avaient déjà fournis des prods, ASAP Rocky espérait encore connecter avec Squadda B et MondreM.A.N..

Début mai j’ai pu écouter une première version, à laquelle s’ajoutera la collaboration avec Main Attrakionz, entamée au début du mois de juin, et aussi les deux morceaux produit par Soufien3000, qui avait dès la fin du mois de mai contacté ASAP Rocky pour lui proposer de travailler avec lui… Un album était alors quasiment prêt, aurait pu sortir en juin, mais certainement de manière relativement inaperçue. Cependant, une série de vidéos clips avait entre temps été prévue et la sortie fut repoussée une première fois, le temps que les premiers soient réalisés.

Pendant ce temps je fais écouter l’album à quelques personnes autour de moi. La majorité de ces primo-auditeurs adhèrent totalement à cet album venu de nul part… les premiers supporters d’ASAP Rocky, en dehors de son entourage, sont français… si bien que sa venue en France pour un concert est organisée et déjà pratiquement assurée.

Au mois de juillet les deux vidéos que tout le monde a vu sont diffusées sur internet. Purple Swag et Peso sont visionnés des centaines de milliers de fois et les téléchargements de la petite compil que j’avais fait avec des rip youtube de schlagos sont multipliés par 100. C’est le début de la ‘hype’, sur laquelle je n’aurais pas besoin de revenir. Là où cet engouement est surprenant, c’est que la plupart de ces nouveaux fans n’ont entendu que 2, 3, peut être 4 morceaux… Mais les braises prennent, aidées par ces deux vidéos qui sont, il faut le dire, très réussies.

Cette soudaine notoriété, qui ne fera que croitre au fil des mois (enfin… en 3 ou 4 mois), attirera l’attention de quelques artistes et en coulisse des grands noms commencent à être associés au premier album d’ASAP Rocky. Du coup la première version de l’album semble de plus en plus mise de côté, et repoussée, pour que ces nouveaux morceaux soient intégrés. Je ne sais pas dans quelle mesure je peux parler de ces morceaux… sachez juste que certains noms de producteurs ou featuring évoqués sont juste hallucinants. En tout cas tout le monde aura au moins vu les vidéos de Rocky et AraabMuzik ou Jim Jones en studio, ou entendu parler de sa tournée avec Drake et Kendrick Lamar

L’album est repoussé de semaine en semaine, l’engouement ne cesse de croitre jusqu’à faire de LiveLoveA$ap un des albums les plus attendus de la rentrée, et, en utilisant à peine l’ellipse, nous voilà avec le contrat de 3 millions de dollars signé.

Cette signature change énormément de choses pour ASAP Rocky. Et si ce n’est que du positif en ce qui concerne son compte en banque, cela vient aussi marquer l’apothéose d’une ‘hype’ qui, à la sortie de l’album le 31 octobre dernier, devient un énorme boulet.

Je pense que l’exemple parfait est la review de l’album faite par Andrew Nosnitzki a.k.a. Noz, la plume la plus connue et reconnue des critiques rap. Même si ses critiques sont objectivement justes, là où je pense qu’il commet une erreur dans son appréciation de l’album, c’est qu’il la lie entièrement au buzz et au contrat mirobolant chez Sony. « You can’t divorce A$AP Rocky from his hype. » // « Is A$AP Rocky’s Free Mixtape Worth $3 Million? ». Sa vision est compréhensible, et est un peu l’idéal type des regards qui seront portés sur LiveLoveA$ap, considéré comme l’album de l’artiste à la mode, celui qui a signé un des plus gros contrats pour un rappeur depuis très longtemps.

Or, après écoute de cette version finale de l’album, je me rend compte que de toutes les rencontres et collaborations faites durant la montée de sa notoriété, Rocky n’a gardé que les morceaux faits avec la famille proche. Est-ce lié à la signature ou est-ce un vrai choix, je n’en sais rien, mais le fait est que nous sommes revenu à un album qui aurait pu sortir tel quel, à 2 morceaux prêts, il y a 6 mois, quand personne, en dehors de 500 auditeurs de rap de la niche internet, ne le connaissait.

Un album qui aurait pu sortir de nul part, celui d’un simple rookie dont personne n’avait jamais entendu parlé avant. Voilà comment il faut aborder LiveLoveA$ap, parce que c’est ce qu’il est. Cet album n’a rien à voir avec le buzz qui a en réalité majoritairement succédé sa conception, et ce sera pour le prochain projet de Rocky qu’il faudra se demander si ca valait le coup ou non de mettre autant d’espoir (et d’argent) dans ce garçon. Alors, de ce point de vue là, LiveLoveA$ap est un très bon album, imaginez simplement la tête que vous auriez fait en tombant dessus sans jamais avoir entendu parler d’ASAP Rocky…

Beaucoup a déjà été écrit sur la musique d’ASAP Rocky, ici y compris, et donc sur des choses qui ce sont finalement retrouvées sur l’album. Je ne reviendrai donc pas dans les détails sur chacun des morceaux de cet album mais simplement sur trois ou quatre d’entre eux.

Une grande partie de l’album est résumée dans cette introduction. Son ambiance majoritairement tenue par un très bon choix de producteurs, une arborescence de sons lents dont la colonne vertébrale sont les instrumentaux de Clams Casino disséminés au fil du disque. Rocky passe en revue ses influences sudistes et west coast en modifiant son flow (‘flow switch‘) pour rappeler tour à tour des rappeurs légendaires, pas qu’originaires de Houston, mais aussi de Cleveland ou de Memphis. A propos de son flow en double temps rappelant Lord Infamous sur Palace, l’histoire veut que Rocky écoute beaucoup de rap de Memphis depuis qu’un ami lui a fait remarquer qu’il ressemblait à Tommy Wright III (avant d’avoir ses ‘french braids‘ il arborait la même coupe que ce dernier). Une anecdote qui plaira aux amateurs du cheveu, et qui prouve encore une fois toute son importance dans la chanson de rap de qualité.

Han, le sample de Peso. Ce track produit par ASAP Ty Beats a été pour beaucoup la porte d’entrée vers la musique d’ASAP Rocky. C’est sans doute là son véritable premier ‘tube’. Pas uniquement pour son efficacité, mais aussi parce que c’est un des rares morceaux où l’on ne va pas automatiquement se dire ‘tiens ça fait penser à ça’/’il prend le flow d’untel’/’il a écouté ça avant’ exercice qu’on a facilement tendance à faire avec ce genre de rappeur sur-influencé. Là, on écoute « A$AP », un son qui leur est propre et qui nous fait regretter de ne pas retrouver de nouvelles prods d’ASAP Ty Beats sur cet album.

Quand j’ai entendu Acid Drip pour la première fois, sans savoir qui en était l’auteur, je me suis dis que la prod aurait tout a fait eu sa place sur Goblin de Tyler, The Creator. Après avoir appris qui était derrière ces nappes de synthétiseur, j’ai compris pourquoi. Il y a 5/6 ans, à l’époque où ASAP Rocky devait tourner aux produits Texans de Salih Williams, Soufien3000 se nourrissait du son de Pharrell Williams et Chad Hugo, tout comme Tyler… et je pense que l’un comme l’autre le revendique fièrement. Mais là où Tyler aurait fait une chanson dépressive, Rocky rap dans l’état second procuré par la prise de drogues pour en faire un hymne à la lévitation artificielle.

Le cœur du disque, tracks 8-9-10, est d’une lourdeur infinie. Musique de saloon enfumé, pour moi de loin le sommet de l’album, où l’on retrouve notamment les deux prods de Beautiful Lou. Si ce dernier n’a pas encore l’aura que peut avoir Clams Casino, il confirme en tout cas qu’il est l’autre cadeau qu’aura fait Lil B au rap en le découvrant. Il démontre aussi avec ces deux prods qu’il est peut être plus polyvalent que ne peut l’être son comparse du New Jersey. En tout cas l’album de Mobbin No Sobbin, entièrement produit par lui et rappé par Western Tink, n’en fini pas d’être une des grosses attentes de cette fin d’année.

LiveLoveA$ap – ASAP Rocky

Pour conclure, je reviendrai sur ce que j’ai déjà dit, LiveLoveA$ap est un bon album pour peu qu’on l’aborde comme il doit l’être, c’est à dire comme le premier disque d’un rappeur qui n’avait rien fait avant. Il n’a certainement pas le potentiel d’un album mainstream, ou pour plaire sur la longueur au (grand) public que visera désormais ASAP Rocky, mais pour quiconque a de l’amour pour les musiques que célèbre Rocky sur ce disque, ce sera sans doute un des grands moments de l’année 2011.

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Bientôt un an après sa sortie, Flockaveli reste l’album le plus important de ces dernières années. Le mieux placé en tout cas pour se voir un jour estampiller le label « classique » que beaucoup desservent à tors et à travers. Au delà de sa qualité, dont il a déjà été question maintes fois ici, fouillez, il est l’album qui a eu le plus d’impact sur le rap en général. Avec le cycle de mixtape qui l’a précédé, Flockaveli n’en étant finalement que la conclusion, Waka Flocka Flame a pu avec ce premier album s’imposer comme l’allégorie de 20 ans de gangsta rap, tout en posant les bases de ce qu’allait être une bonne partie de ce genre de rap. Son rôle dans le succès connu par Lex Luger par la suite n’est même plus à prouver, et après lui beaucoup ont essayé de dompter ses productions en espérant récupérer quelques gouttes de l’éclat de Waka Flocka… le plus souvent vainement, n’étant pas capable de faire d’avantage que des imitations de Hard In The Paint, ou de B.M.F. une fois que Rick Ross fut passé par là.

Du coup, plus que du respect des auditeurs de rap, ce dont Waka Flocka Flame peut être fier, c’est d’être probablement le rappeur le plus écouté par les autres rappeurs aujourd’hui. Rick Ross, Juicy J et une autre bonne centaine de gars ce sont déjà mis au jeu des adlibs et slogans répétés en boucle, les membres d’Odd Future ne cessent de crier leur amour pour lui, à sa libération Prodigy a affiché d’entré son envie d’un featuring avec celui qu’il a écouté des journées entière en prison, plus récemment Nas ou même le canadien de The Weeknd l’ont contacté pour travailler avec lui… Et dans les deux morceaux que Master P sort après presque 4 ans de silence, l’influence est plus que palpable.

Malgré tout, Juaquin reste ce gars humble en interview, refusant, par respect, d’être comparé aux rappeurs qui ont une carrière plus longue que la sienne. Il garde aussi le côté #emoteam des morceaux sur ses amis, sa mère ou son frère mort, et stressé par le bussiness de la musique il annonçait au début de l’été:

Triple F, la tant attendue suite à Flockaveli, prévu pour décembre de cette année, pourrait être le dernier album de Waka Flocka. Entièrement produit par Lex Luger et South Side, difficile de savoir à quoi s’attendre avec cet album, même si le titre et le premier single laissent penser qu’il sera moins énervé que son prédécesseur. Je met ma pièce sur des prod. de Lex Luger dans la veine de celles de Koolin’ (sur Twin Towers 2), c’est à dire à des années lumières du « son Luger » que tout le monde s’entête à vouloir entendre et des thèmes plus proches de celui de For My Dawgs que de Bustin At Em.

En attendant Waka continue de rendre l’internet noisette avec la sortie régulière de mixtapes, que ce soit seul ou en collaboration avec ses camarades du 1017. Alors, avant la sortie de la prochaine (vendredi prochain, à 10:17), je vous propose une sélection de ce qu’il a pu beugler de meilleur ces 6 derniers mois. C’est plutôt agréable d’avoir tout ça de réuni étant donné que ses K7 sont souvent de gros bordels avec des morceaux inégaux et mal taggés. Là pour le coup vous tenez sa meilleure K7 de l’année. Et évidemment tout est NO DJ. #RARE

ThisGame2Fake – WakaFlockaFlame (NoDJ)


  1. Round Of Applause – Waka Flocka Flame
  2. My G –  Waka Flocka Flame
  3. Hi Jackin Planes  –   Waka Flocka Flame
  4. On Everything I Love Feat. Future & Trouble  –  Waka Flocka Flame
  5. Cocaine Runners Feat. Cartel & P Smurf  –  Waka Flocka Flame
  6. Kill The Parkin Lot Feat. Blar & P Smurf – Waka Flocka Flame
  7. Watch My Power Spread Feat. Wooh Da Kid –  Waka Flocka Flame
  8. Fucked Up Feat. Gucci Mane & Cartel  –  Waka Flocka Flame
  9. Wet Wet Feat. Blair Maxberry & Cartier –  Waka Flocka Flame
  10. Bickin Back Being Bool Feat. Slim Dunkin & Wooh Da Kid –   Waka Flocka Flame
  11. Nik Afta Nik Feat. Slim Dunkin & D-Bo  –  Waka Flocka Flame
  12. Do It Big Feat. Uncle Murda, Papoose & Rah Diggs –  Waka Flocka Flame
  13. Poppin Bottles Feat. Sig HB –  Waka Flocka Flame
  14. Quit Flexin Feat. Lil Hot  –   Waka Flocka Flame
  15. Loyal Feat. Gucci Mane & Richie Wess   –  Waka Flocka Flame
  16. Annoying Feat. Young Scooter & Future  – Waka Flocka Flame
  17. One Squad Feat. Blair Maxberry & Cartier –   Waka Flocka Flame
  18. Call The Squad Feat. Rocko –  Waka Flocka Flame
  19. Brick Squad Monopoly Feat. P-Smurf & Mouse  –   Waka Flocka Flame
  20. Rap Game Stressful  –   Waka Flocka Flame
  21. Bill Russell  –   Waka Flocka Flame
  22. All I Need –  Waka Flocka Flame
  23. Clap  –   Waka Flocka Flame
  24. This Is Bricksquad Feat. YG Hootie, Frenchie, Wooh Da Kid, Ice Burgandy & P Smurf   –  Waka Flocka Flame
  25. What You Reppin Feat. 1017 Brick Squad –   Waka Flocka Flame
  26. Bussin’ (Remix) Feat. Trouble, Yo Gotti & Trae Tha Truth  –  Waka Flocka Flame

crédits gif: FVCKSWAG