Une chose qui apparait quand on époussette les premières pierres du rap d’Atlanta, c’est qu’elles ont souvent été posées par des migrants ou des habitants des marges de la ville. MC Shy-D, tout premier représentant de la capitale géorgienne à l’échelle du pays, est en réalité originaire du Bronx comme son cousin Afrika Bambaataa. DJ Smurf alias Mr. Collipark a toujours habité à College Park. Big Boi a grandi à Savannah, André a passé la majorité de sa vie à Decatur et le producteur Antonio « L.A. » Reid vient de Cincinnati. En tirant un peu sur la corde on pourrait parler de Jermaine Dupri (Asheville) ou de Jazze Pha (Memphis) qui ne sont pas nés à Atlanta, voire poursuivre pendant des heures avec les générations d’artistes satellites qui ont suivi, de Jeezy à Soulja Boy. Mais la contribution la plus surprenante aux prémices du rap ATLien, parce qu’elle vient d’encore plus loin et qu’elle est aussi précieuse que méconnue, c’est celle de John Abbey.

Né dans les années 1940 au Nord de Londres, John Abbey passe les vingt premières années de sa vie à naviguer entre les matchs d’Arsenal et les magasins de disques. Puis, son adolescence se résume presque à une boulimie de blues et de soul, au point de faire de lui une encyclopédie vivante de la musique Noire américaine. En 1966, afin de partager sa passion lucrativement, il fonde le magazine Blues & Soul. Ce mensuel pointu et défricheur devient une institution, et c’est dans ses pages que les anglais découvrent des légendes comme Al Green, Marvin Gaye ou Barry White. Dans la foulée, John Abbey crée la société Contempo, via laquelle il organise les tournées européennes de ces artistes, et importe leurs disques qu’il vend dans la boutique qui sert de siège à sa compagnie. Dans les années 1970, Contempo édite et produit même des disques anglais, mais son boss garde l’Amérique en ligne de mire. Alors, à la fin de la décennie, il traverse l’Atlantique à dos de dauphin et pose ses valises pleines de rêve américain à Atlanta.

Fort de sa réputation et des connexions gagnées avec son magazine, Abbey fonde Ichiban Records en 1985 à Atlanta. Avec pour but clairement affiché de promouvoir la musique Noire, Ichiban commence par remplir des microsillons de soul, de funk et de blues, mais n’échappe pas longtemps à l’effervescence rap qui prend la jeunesse. Retrouvant chez ces gamins l’énergie qui l’avait captivé vingt ans plus tôt quand il découvrait la soul, et bien conscient que cette nouvelle mode lui permettra de toucher un public plus jeune, John Abbey brûle d’envie de sortir des disques de rap. Le coup de génie d’Ichiban est alors d’avoir, contre l’avis de tous, signé un blanc de Dallas qui allait bientôt faire le tour du monde, porté par l’onde de ses « Ice, Ice, Baby ». Mais ceci est une autre histoire, et qui nous éloigne d’Atlanta. Ce qui nous intéresse, c’est qu’avec les tonneaux de papier vert rapportés par Vanilla Ice (le rappeur blanc en question) John Abbey peut sereinement prendre le risque de s’occuper de rappeurs locaux, notamment en distribuant les disques de son sous-label Wrap (impossible à googler à cause de la quasi homonymie avec le label indé Warp), de Mirror Image Entertainment et de Hotlanta Music. Voilà à peu près comment un blanc de North London est devenu l’un des parrains secrets d’une des villes les plus influentes du rap. Petite traversée de la première décennie rap d’Atlanta, à travers une sélection totalement subjective de dix singles distribués par Ichiban Records :

Kilo – America Has a Problem ; She Got Me Eatin’ (Wrap/Ichiban) (1992)

Kilo n’est ni plus ni moins que le père spirituel de 99,9% des rappeurs estampillés Atlanta. En important dans sa ville la Miami Bass, Kilo dessine les contours d’une Atlanta Bass et du rap local. Son premier single America Has A Problem, tiré de l’album éponyme, sort en 1990 sur Arvis Records, mais apparaît sur la réédition nationale de son deuxième album A Town Rush chez Wrap/Ichiban Records. Tempo, sample, scratchs, tout dans la production est typique d’un morceau de Booty Bass. Mais au lieu d’y éructer des salaceries sur les gros culs et les visages écrasés contre terre, Kilo choisit de parler de drogue. Avec la cadence d’un Too $hort, il raconte les histoires de cette nouvelle fille blanche qui retourne tous les cervelets d’Atlanta : la cocaïne. L’ironie de l’histoire, c’est que si Kilo n’a pas connu le succès qu’il méritait, c’est en grande partie due à ses problèmes avec la poudre.

She Got Me Eatin’ (P**y) (Feat. Red Money & Cobay) confirme le goût de Kilo pour les storytellings audacieux. Cette fois, toujours avec l’attitude qui rappelle les petits macs d’Oakland, il raconte sa découverte du cunnilingus. Avec ce single, Kilo s’éloigne de la Bass Music avec une production aux rythmes qui ont commencé à ralentir comparativement à ses premiers morceaux. L’intro avec la voix d’Anita Baker n’apparait que sur la version originale du morceau, et a été retirée sur la réédition d’Ichiban Records.

The Hard Boys – Mission To Nowhere (Ichiban) (1992)

Imaginez un mashup de N.W.A. et des Geto Boys, ou un trio formé de Willie D, Ice T et Eazy-E… Big D, K.T. et Royal C sont marqués par les débuts du gangsta rap, quel qu’en soit la provenance. Parfois country, mais le plus souvent lorgnant vers la noirceur g-funk d’un Efil4zaggin, les productions, voir l’attitude et les textes, des Hard Boys n’apportent rien de neuf, si ce n’est le déplacement de tout le folklore gangsta dans les rues d’Atlanta. Sur l’album, une poignée de titres frôlent le plagiat, mais dans l’ensemble A-Town Hard Heads est un ersatz réussi, avec quelques pépites comme le titre éponyme ou ce Mission To Nowhere.

Success-N-Effect – Forty Acres And a Mule  (Umoja/Wrap/Ichiban) (1992)

A l’époque où Ichiban sort le troisième disque de Success-N-Effect, Drive By Of Uh Revolutionist, le groupe est déjà très connu à Atlanta. Ses membres appartiennent à un collectif d’une vingtaine d’artistes (parmi lesquels figurent MC Shy-D et DJ Smurf) réunis autour de King Edward J. En compilant sur ses cassettes tout ce qu’Atlanta a de MCs et de producteurs dans les années 1980, Edward J gagne le surnom de Mix-Tape King et lance un mode de diffusion de la musique qui va devenir central dans la culture locale. D’abord signé sur un label de Miami, Success-N-Effect commence par faire de la Bass Music, avant de progressivement devenir le Public Enemy du Sud. Entre discours pro-Black, anti-drug et anti-état, sur fond d’éclat de balles, de sirènes, et d’inspirations Bomb Squad, leur troisième album est un vrai chainon manquant entre le rap politisé de New-York et le tout naissant gangsta rap du grand Ouest. DJ Len, Professor Lazy Rock et Big Jon, les trois membres récurrents du groupe, ne manquent d’ailleurs pas d’inviter Chuck D sur le titre Forty Acres And a Mule.

Kilo – Perfume (Wrap/Ichiban) (1993)

Derrière les guitares funk de Perfume, les rythmes empruntés à Miami ont été cette fois considérablement ralentis. Ce sont les prémices d’un son qui va marquer la ville, que l’on retrouvera sur une bonne partie des mythiques compilations So So Def Bass All Star par exemple. Kilo commence à se détacher de ses influences et laisse entrevoir à quoi ressemblera son opus magnus Organized Bass quatre ans plus tard chez Interscope.

U Know Who – Checkin’ My Trap (Wrap/Ichiban) (1994)

Deuxième album du groupe U-Know-Who, Dark Shadow est symptomatique de la recherche d’identité d’Atlanta à cette époque. Les Hard Boys puisaient l’inspiration du côté de Houston, Success-N-Effect plutôt vers Long Island, pendant qu’Outkast sonnait encore franchement comme une paire de cousins éloignés de la famille Native Tongues. Pour U-Know-Who le modèle c’est Los Angeles, et cet album n’est rien d’autre qu’une tentative de récréer l’atmosphère de Chronic de Dre et de Doggystyle de Snoop. Encore une fois l’intérêt se trouve dans les références qui resitue l’album à Atlanta… comme l’utilisation de ce mot d’argot qui donnera son nom à un sous genre de Rap dix ans plus tard, un sous genre construit sur un thème plus que sur un son : Trap.

Tous ces groupes très inspirés par le son de l’époque n’ont pas marqué la grande Histoire du rap. Mais parce qu’ils étaient les premiers à représenter la ville, ils ont énormément marqué la deuxième génération de rappeurs, celle qui à ouvert en grand les portes vers la conquête du monde. Dans cette interview, Khujo de Goodie Mob cite les Hard Boys et Success-N-Effect parmi les artistes qui ont marqué son adolescence.

Ghetto Mafia – Life Of a Sniper (Ichiban) (1994)

Avec la voix écorchée par l’air âpre du bayou de Nino et les double-temps off beat de Wicked, Ghetto Mafia est devenu un des duos favoris des rues d’Atlanta. Evidemment, compte tenu des canons de l’époque et de l’égard porté au Rap provenant de sous la ligne Mason Dixon, Ghetto Mafia n’a jamais franchi les frontières de l’Etat. Aujourd’hui que les oreilles honnêtes ont été travaillé pour accepter les accents du Sud, il est temps que le monde entier redécouvre Draw The Line et toute la discographie du groupe. Avec leurs petits contes du ghetto et le Funk country qui rappelle parfois Organized Noize, les Ghetto Mafia sont un peu les Outkast du côté obscur. Nino et Wicked sont aussi les premiers rappeurs venant de l’Est de la ville (Decatur) à trouver grâce aux yeux du public local, qui jusque là ne jurait que pour les quartiers et banlieues Sud et Ouest de la zone urbaine d’Atlanta.  Ils sont, d’une certaine manière, les ancêtres de la génération de rappeurs qui va pulluler dans cette zone dans les années 2000.

DJ Smurf & P.M.H.I. – Ooh Lawd (Wrap/Ichiban) (1995)

Avec Kilo et Raheem The Dream, DJ Smurf et MC Shy-D forment le carré magique d’Atlanta, le quatuor sans lequel rien n’aurait été pareil. C’est les deux derniers qui co-produisent cette pure tuerie de Booty Bass, le genre de tube intemporel qui continuera de mettre le feu dans les clubs de l’an 3000. DJ Smurf a été l’un des grands artisans de l’importation de la Bass Music à Atlanta dans les années 1980, en faisant vrombir tous les clubs de la ville avec ses disques achetés en Floride. Et après avoir produit d’autres ogives comme ce Ooh Lawd, pour Shy-D ou So So Def par exemple, il change d’alias en 1999 pour devenir Mr.Collipark. Sur son label Collipark Music, il sort les premiers albums des Ying Yang Twins ou de Soulja Boy, tout en continuant à alimenter les radios d’Atlanta en hits, avec ses productions pour Young Jeezy, Ciara, Bubba Sparxxx et plein d’autres.

Lil’Jon & The East Side Boyz – Who U Wit (Mirror/Ichiban) (1997)

Suite à un courant d’air venu de Memphis, les basses tapèrent de plus en plus fort, de plus en plus lentement, et, sauvage, hyper synthétique, épuré, répétitif, presque morbide, naquit l’ATL Crunk.

DJ Smurf – Girls (Ichiban) (1998)

En fricotant avec la dance music et le r’n'b de la fin des années 1990, DJ Smurf prépare le terrain aux personnages cartoon et autres extra-terrestres qui vont atterrir sur la planète ATL dix ans plus tard. I Feel Like June Dog devait se dire Fabo en entendant le refrain de Girls (Feat. DJ Kizzy Rock, DJ Taz & June Dog) et les petits cris du Michael Jackson de l’espace qui résonnent en background.

A-Town Players – Player Can’t You See (Wrap/Ichiban) (1998)

L’existence de l’ATL Bass comme un genre à part de Bass Music n’est pas tant reconnue. En réalité, personne, ou presque, ne parle d’une ATL Bass, considérant qu’Atlanta n’était alors qu’une lointaine banlieue de Miami. Pourtant elle existe belle et bien. Un peu comme ce qu’est le bassline pour le grime, l’ATL Bass est une version plus smooth, plus r’n'b de la Miami Bass. Player Can’t See You, single extrait de We Keep It Crunk For You des mythiques A-Town Player en est un parfait exemple.

illustrations : Bobby Dollar

categories: Bilans, Blog
tags:

Ka « 1200 B.C. »

Avec un EP de dix minutes fait de cinq pistes dont un skit et un extrait, il y a de quoi rester sur sa faim. Pourtant, ce nouveau projet de Ka rempli plus que bien son rôle apéritif. C’est incroyablement dense grâce aux textes à tiroir du rappeur, toujours remplis de doubles sens qui ne se révèlent qu’avec des écoutes attentives et répétées. A la fin du projet, le nombre d’images assénées par Ka, comme autant de coups sur la nuque, laisse l’impression d’avoir visité un univers immense, entrevu à travers une accumulation de détails : des cafards grouillants sur un carrelage, des rêves perdus de richesses, des proches qui essaient de survivre. Et en fond, Brooklyn, qui se dessine comme un champs de ruine antique, sale et écroulé. Au milieu de cette atmosphère étouffante, et à côté du très sobre Ka, Roc Marciano surgit comme un super héros pimp tout en décalage. Ce nouveau bout de collab’ entre les deux amis renforce l’attente pour leur album commun et l’idée que Metal Clergy est un des duos de rap qui fonctionne le mieux aujourd’hui. L’ensemble des productions est assuré par Preservation. Malgré la présence de drums, et même si elles sont globalement moins marquantes que ce qu’avait livré Ka l’an dernier, elles n’auraient pas dépareillé sur Night’s Gambit. Moins oppressante que sur l’album, la musique garde un grain poussiéreux et le minimalisme qui épouse bien le flow conversationnel de Ka. 1200 B.C. n’est disponible qu’en CD, sur le site du rappeur.

BeatKing « Gangsta Stripper Music 2 »

BeatKing est le Casino de Houston. Sachant ça, on peut imaginer à quoi ressemble une bonne partie de sa tape juste grâce à son titre : C’est du rap gorille de strip-club texan, une suite de bangers faits de basses qui font trembler la cellulite comme des flambys, de nappes lentes comme une coulée de lave pourpre, de refrains chantés par des grosses voix de soulmen et de notes de synthé entêtantes… Mais pas que. Parce que si la première partie du projet est effectivement une version surtestostéronée, hypersexuelle et moderne du rap de Swishahouse/S.U.C., avec des prods de Mr. Lee, des apparitions de Lil Keke ou Michael Watts, la seconde moitié de la tape nous décale vers le Memphis du début des années 2000. Gangsta Boo et Skinny Pimp font leur arrivée, et les prods de BeatKing deviennent des remakes de tubes de la Three 6 Mafia période crunk, avec ses voix screwed qui tourbillonnent sur elles-mêmes et ses ambiances à mi-chemin entre le club et le cimetière. Injustement ignorée, Gangsta Stripper Music 2 est le meilleur projet de BeatKing à ce jour et l’une des mixtapes de club-rap les mieux produites de ces derniers mois.

Best track : ClubGodzilla, avec ses relents de sirènes de stade « who da crunkest » et des cris de ptérodactyles épluchant des liasses sur les plus gros culs de la planète.

HD « Bad Habit (Stuck In My Old Ways) »

Pour peu qu’on adhère à sa formule, le rap sans chichi d’HD déçoit rarement. A vrai dire, tout ce qu’on lui demande c’est de continuer à raconter sa réalité de petit débrouillard, sans faire de cinéma. D’être lui-même, en somme. Mais ici, la petite vie sans issue et les luttes quotidiennes d’HD gagnent une nouvelle dimension grâce aux Mekanix, qui produisent l’ensemble du projet. La récurrence des samples de soul pitchés crée une vraie cohésion, ce qu’HD n’arrive pas toujours à obtenir sur ses disques, et une douceur qui tranche avec le contenu parfois dur des textes, rappelant le « Dope Boy Blues » des dealers d’Akron dans l’Ohio. En plus, le boss de Bearfaced semble progresser au micro. Presque street-crooner sur les rythmes cosy, il s’adapte aux prods plus agressives, avec un flow offensif qui révèle le grain rugueux de sa voix. Bad Habit est de loin le meilleur album du jeune prince d’Oakland depuis Breakin’ N Enterin’ il y a deux ans.

Best track : Stuck In My Old Ways, où HD explique à son ange gardien qu’il est prisonnier de son amour pour les guapale. Une des plus belles prod du disque, avec une voix de sirène qui entraine le rappeur à venir s’échouer sur les ennuis.

Sen City « Schemin & Dreamin »

Jim Jones a rejoint la communauté des vampires d’Harlem juste après l’incarcération à vie de sa muse en 2009. Pour entrer dans cette société secrète, l’ancien Capo du Dipset a fait ce qu’il sait faire de mieux : sacrifier ses sous-fifres. En échange de leurs âmes, Alucard, prince des vampires, leur a offert la jeunesse éternelle et les clés pour continuer à faire du rap sans trop tourner en rond. Depuis, cette meute de noctambules sort au moins un projet par an, puisant dans les sonorités les plus noires de l’héritage Dipset. Cette année c’est Sen City, la réincarnation ratée de Max B, qui s’y colle. Les boucles de pianos, les synthés retro futuristes et les mélodies spectrales sont étouffés pour rappeler l’acoustique des longs tunnels d’autoroutes ou des chapelles d’églises. On a vraiment la sensation que tout a été enregistré à l’extérieur, en pleine nuit sous un pont d’Harlem. Sen City n’a plus qu’à pousser sa voix comme un loup qui hurle après la lune pour ressusciter toute la mélancolie des refrains de Biggaveli. Jim Jones, Cam’Ron, 2 Chainz et Araabmuzik apportent la touche finale pour faire de Schemin & Dreamin le premier vrai projet solide de Sen City.

Best track : Cloud Surfin. Le producteur Kino Beats enfile son costume de DJ Burn One pour jouer d’une guitare country rap tune pendant que Sen sort sa meilleure imitation de Max B sur le refrain. Owwwwww.

Fat Trel, qui avale ses syllabes comme le cookie monster sur « Gleesh » ; King Louie, qui prend le meilleur de son passage par Yeezus et monte en puissance sur « Tony » ; Young Scooter, qui supplie Dieu de ressusciter les morts et de protéger ses enfants sur « 80’s Baby » ; Travis Porter, qui rappellent qu’ils sont le trio le plus fun d’Atlanta sur « Music Money Magnum 2 » ; Slim400, qui démontre qu’il n’y a pas que YG à Compton en 2014 sur « Keepin’ It 400 » ; Lil Durk, qui confirme que la vraie star de Chicago, c’est lui, sur « Signed To The Streets 2 »

Big Hit « G’z Don’t Cry »

Comment est-ce qu’un mec approchant de la cinquantaine et rappant comme ça n’a t’il pas percé plus tôt ? C’est simple, comme il l’explique lui même sur Grindin My Whole Life, Big Hit a été mis en boîte en 1991… et vient seulement d’en ressortir. Je vous laisse faire le calcule. En entrant en prison, il avait laissé un fils de quatre ans. A sa sortie, il a retrouvé un jeune homme devenu une machine à tube. Big Hit est le père de Hit-Boy, donc en plus d’avoir cette attitude d’OG bien appréciable et son rap gorgé d’expérience, il est a peu prêt assuré d’être servi en productions de qualité pour pas trop cher. Grindin My Whole Life a étrangement échoué à devenir un gros tube, potentiellement parce qu’il a été vampirisé par le freestyle du G-Unit, et G’z Don’t Cry, deuxième apparition ever de Big Hit prend le même chemin. Pourtant, entre la production ensoleillée aux basses cuivrées d’Hit-Boy et le rap de vieux voyou émotif de son père, on tient un morceau parfait pour verser de la 40oz sur le bitume brûlant cet été.

Peryon J Kee « Actavis »

Peryon J Kee est le seul artiste signé sur Bilderburg Group à avoir un semblant de carrière. Originaire de New-Orleans, Peryon perpetue la tradition des louisianais qui font du rap texans. Et du haut de la petite poignée de tapes à son actif, il peut se targuer d’avoir une dizaine de vrais bons morceaux, entre collabs avec E.S.G. ou AP9, et hommages au rap de Pimp C. Planant au dessus du reste de sa discographie, il y a évidemment ses duos avec Gunplay, comme le laidback Goin’ Down dont le clip imbibé de culture texane commence même à tourner sur MTV. Avec sa voix de canard et son talent pour les refrains, Peryon pourrait n’être que le simili Nate Dog de Bilderburg Group, mais avec son dernier single Actavis il montre qu’il est capable de tenir un morceau tout seul.

A-Wax « No Limit »

Parfois il ne suffit pas de grand chose pour réussir un titre. Un bâton de pluie électronique, une raison pour faire référence à plein de rappeurs de No Limit, et on est bon. Pullin’ Strings, le nouvel album d’A-Wax sort fin juillet, et pour l’instant tous les extraits sont excellents. Dans le plus grand des secrets ce mec possède l’une des discographies les plus impressionnantes de la côte-ouest.

Chinx Drugz & French Montana « The Silence »

The Silence n’est disponible que sur la version iTunes de Cocaine Riot 4  et en est le meilleur morceau. Harry Fraud au sommet de son sample grillé jeu, mais qui arrive à créer cette sensation de grand large en travaillant l’écho de sa guitare. Les deux Coke Boys ont l’air d’être perdus en haute mer et s’adonnent à ce qu’il font de mieux : fredonner n’importe quoi, pourvu que la note soit bien choisie.

Taylor Bennet & King Louie « New Chevy »

Peut-être avez vous adoré le très réussi Acid Rap de Chance The Rapper. Ou peut-être que son « nyanyanyanya » nasal vous donne la diarrhée. Peu importe, voici un morceau qui pourrait réunir les fans et les détracteurs du sosie américain de Ben l’Oncle Soul. Taylor Bennet est le petit frère de Chance. Il a la même tronche, la même voix, mais a été assez sage pour ne pas copier les tics les plus agaçants de son frère. Et, surtout, assez malin pour devenir copain avec King Louie, soit la raison qui pousse à cliquer sur le lien vers le morceau. Petite prod sucrée pour que Louie modifie nonchalamment l’haleine des filles avec sa quéquette. C’est l’été sur purebakingsoda.

A retrouver, avec une petite dizaine d’autres tubes, sur la seule compilation estivale approuvée par les autorités compétentes.

Télécharger PBS.SummerHitsOnly.rar

Illustrations : Hector de la Vallée