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Marijuana, cocaïne, ecstasy, oxycodone, xanax, méthadone, codéine et prométhazine. Ceci n’est pas l’inventaire des dernières perquisitions d’une brigade anti stupéfiants, simplement la liste des drogues dont vous trouverez une trace dans un échantillon de sang de Gunplay.
Ce dernier explique dépenser aux moins 600$ par semaine pour sa consommation de drogues. Et encore, ce ne serait là que l’addition pour une semaine au calme ou passée à travailler, parce qu’en période de fêtes ou de vacances, c’est un minimum de 1 500$ de produits que Gunplay consomme par semaine, sans aucune pression.

Sa consommation hors norme de drogues, Gunplay l’a longtemps traînée comme un boulet. Ce n’est pas qu’il en ait honte, parce qu’en fait pas du tout, simplement elle est difficilement compatible avec son ambition d’être un artiste « cross-over », capable de plaire aussi bien aux dealers de Carol City qu’aux programmations de radios nationales.
Patient, paresseux ou les deux, Gunplay prend en tout cas le temps de bien préparer le terrain pour la sortie de son premier album solo. Pour cela, il évolue depuis une dizaine d’années dans l’ombre de Rick Ross, dont il prend bien soin de suivre chacun des conseils pour ne pas se griller… Parce qu’il est vrai que préparer une carrière quand on a parmi ses sujets de prédilection la consommation de drogues, ou que des références au régime nazi sont marquées jusque sur notre peau, c’est un peu comme évoluer sur un fil de pêche au dessus du Grand Canyon.

Aujourd’hui « Don Logan » pourrait être en passe de faire comprendre à un public élargi qu’il n’est pas que le « goon » de Rick Ross. Ce qui n’était autrefois que des fulgurances est en effet devenu récurrent : Gunplay est capable de transformer la peine et la souffrance en quelque chose de beau. Et il aura peut-être fallu en passer par là pour nous faire remarquer que même lorsqu’il insuffle une énergie quasi nucléaire à des productions de Lil Lody, ou qu’il parle de ses activités illégales et ultra-violentes, il n’oublie jamais de travailler son texte, en plus de jouer avec sa voix, son personnage et son charisme… afin d’être un des rappeurs en activité les plus intéressants.

Maître de l’introspection, mais avant tout du divertissement, de l’énergie, voire de l’émeute, Gunplay est tout ça à la fois. Pour comprendre qui il est, d’où lui viennent toutes ces facettes et d’où il puise toutes ses influences, il est intéressant de revenir sur le parcours du « human L.A. riot ».

D’El Paso à New York

Richard Morales est né le 18 juillet 1979 sur une base militaire du Texas. Oui, les parents du futur Gunplay sont dans l’armée. Comme quoi, le cliché sur l’éducation militaire est sans doute à revoir. Au moins, on a peut-être une explication quant à son obsession pour les chars et les imprimés camouflages.
Mais le petit Richard n’aura pas le temps de s’imprégner du style de vie texan, ses parents déménageant à New York juste après sa naissance, où il vivra jusqu’à ses 10 ans.
Gunplay n’est jamais renvoyé à quoi que ce soit de New Yorkais, alors qu’en réalité sa musique tient autant à la Floride qu’au vieux rap de Liberty City. La façon dont il a, tel Animal Man, d’absorber le pouvoir des animaux de la jungle pour en faire des backs ou des onomatopées intégrés à son rap rappelle les jeux gutturaux de beat-boxers new-yorkais, les Fat Boys de Brooklyn en tête. (cf. Banana Clips ; Jump Out ; Cartoons & Cereals)

Il y a souvent un rapprochement, facile et presque abusif, fait entre Gunplay et Waka Flocka. Il faut dire qu’à l’époque où Gunplay commence à marcher en solo, la réputation de Waka Flocka vient d’exploser. Alors quand en plus on se fait remarquer avec un single basé essentiellement sur l’énergie, qu’on en rajoute en invitant Waka dessus, le parallèle se fait automatiquement. (Rollin’). Pourtant les deux rappeurs n’ont pas tant que ça en commun. Gunplay est nettement plus « goofy » et surtout plus scrupuleux que Waka avec ses lyrics. Du coup, s’il y a un rappeur dont on doit retrouver des traces dans l’ADN de Gunplay, c’est encore une fois sur la côte Est qu’il faut regarder, plus tout à fait à New York, mais dans le New Jersey :

C’est d’ailleurs aussi certainement de Redman que lui vient cette manie de faire des bruits d’animaux (de singes). Quand on entend aujourd’hui Gunplay dire que c’est un de ses rappeurs préférés, l’influence ne fait plus aucun doute.

Miramar, FL

En 1989 les parents de Richard se séparent, et il semblerait qu’il n’ait plus revu depuis son père d’origine Porto Ricaine. Le petit part donc avec sa mère, elle d’origine Jamaïcaine, vivre à Miramar en Floride, une ville du secteur statistique de Carol City.
En passant toute son adolescence en Floride, Gunplay aura tout le temps de s’imprégner des rappeurs du coin, surtout du légendaire Trick Daddy dont il s’inspire et avec qui il partage cette voix rocailleuse et un rap basé avant tout sur le charisme. (cf. Mask On ; Cigar Fare & Hardware)

Pour Richard c’est aussi le début d’une vie sans père et dans la pauvreté, dans un des pires quartiers de l’état. A l’horizon les yachts et les soirées branchées de Miami, mais autour de lui le paysage n’est fait que de décharges et de crack heads. C’est le début d’une descente dans la bouche de l’enfer qu’il raconte souvent en musique ou en interview.
Il n’a pas fallu longtemps pour que Richard passe la totalité de son temps dans ces rues. Arrivé en Floride, il ne fera pas long feu à l’école, et sera même entièrement déscolarisé avant ses 14 ans. L’école n’est pas vraiment compatible avec la situation de survie dans laquelle la famille Morales se trouve, et le jeune garçon a du mal à supporter l’autorité d’un maître d’école alors qu’il doit déjà négocier avec des gros trafiquants et tenir son propre business.
La mère, devenue infirmière, est obligée de travailler plus de 16H par jour. Le domicile est donc laissé libre et à l’entière disposition de Richard, qui ni une ni deux le transforme en Trap House.
La cuisine tourne à plein régime pour baser la cocaïne qui arrive par les ports de Miami, et les toxicos font la queue pour venir récupérer leurs produits.
La maison devient le passage obligé de Miramar, et malgré son très jeune âge, Richard développe son business pour vendre toutes les drogues imaginables, tout ce qui peut trouver un acheteur.

Ce genre d’activité ne passe que difficilement inaperçue aux yeux de la police, alors Morales, doit très vite agir avec prudence, notamment en codant ses discussions téléphoniques. C’est sans doute comme ça qu’il a développé son talent pour les métaphores de la drogue. Ces dernières, personne ne les maîtrise mieux que Gunplay aujourd’hui. A tel point que pas mal de ses lignes doivent passer pour des phases complètement surréalistes pour celui qui n’a pas au moins son Master en « argotage des oiseaux ».
Pourtant, quand il dit qu’il « hache Noël avec son épée » ou qu’il n’y a « ni bras ni marteau dans son Hannah Montana » il ne joue pas au cadavre exquis, c’est simplement sa façon de nous dire qu’il « effrite sa weed» ou que sa « cocaïne est pure à 100% ».

A cause de ces activités, la relation entre Richard et sa mère ne cessera de se dégrader au fil des ans. Parce qu’en plus de difficilement supporter ses activités, la mère va devoir affronter la personnalité endurcie de son fils, de plus en plus violent et hermétique à toutes formes d’autorités. Si bien que pendant plus de douze ans, la mère et le fils ne s’adresseront pas la parole, bien que vivant sous le même toit.

Carol City Cartel

En plus d’être vendeur, Richard devient vite consommateur. Ou plutôt, selon ses propres termes, « un abuseur ».
A 12 ans il fume déjà, mais se contente alors de la marijuana et n’ose pas toucher au reste. C’est trois ans plus tard qu’il fera réellement connaissance avec la première femme de sa vie, la cocaïne.

Nous sommes en 1994, et cela faisait déjà plusieurs années que Richard Morales vendait des sachets de blanche. Le jeune dealer avait donc une clientèle d’habitués, et notamment un type à qui il pouvait vendre jusqu’à quatre sachets par nuit. Un soir, ce gros client arrivé avec les pupilles encore plus dilatées que d’habitude, confia à son jeune vendeur :

« Tu as déjà testé cette merde ? N’essaie jamais, c’est le diable. »

Seulement, pour Richard le diable se trouvait ailleurs, symbolisé par l’image d’une tante que ses parents hébergeaient quand ils vivaient à New York. Il n’avait que 6 ans mais se rappellera toute sa vie de l’épave qui squattait le canapé, un squelette de plus d’1m85 pour 40 kilos. Cette image restera à jamais pour lui celle de l’enfer : celle d’une tante accro au crack, la seule drogue que Gunplay ne consommera jamais.

Alors, quand il entend que l’enfer c’est la cocaïne, il rigole bien, ayant pu constater que cette drogue était consommée majoritairement par des petits bourgeois blancs en très bonne santé.
Après une journée de travail, alors qu’il avait déjà bien imbibé sa viande d’alcool, Morales se lance et sniffe une, deux, trois, quatre puis cinq traces. Sans avoir le temps de s’en rendre compte, le voilà tombé amoureux de la dame blanche. « C’est la meilleure chose que Dieu ait créé », se dit il.
A partir de cette expérience, Richard s’est mis à tester tout ce qui a pu lui passer sous la main, à l’exception du crack donc. Il abuse de tout, mais tâche de garder le contrôle. « I do drugs, I don’t let ‘em do me» devient son leitmotiv.
Pendant plus de dix ans, il est probable que Richard Morales n’ait pas été sobre une seule minute, son jeu étant d’alterner entre les drogues pour régler son tempo, s’adapter aux situations, comme on change de vitesse sur une voiture : une pilule en guise de carburant, de l’herbe ou une coupe de lean pour ralentir devant les passages piétons, et un petit sachet de poudre pour accélérer après les virages.
Pour ce qui est du risque d’overdose, il s’en remet à Dieu. « Si ça m’arrive ? C’est que c’était le plan du Seigneur. Pour l’instant il en a décidé autrement. »

Custom Cars & Cycles

Grâce à ses « occupations », Richard arrive à se faire un petit pactole. Outre dans la drogue, c’est dans ses trois autres passions que part son argent : la musique, les armes à feu et les voitures de sport.
Pour ce qui est de la musique, il s’agit évidemment de rap mais aussi de reggae. Depuis toujours il est un grand fan de rap ; nous avons déjà évoqué Trick Daddy et Redman, mais il y a aussi N.W.A, U.G.K., Scarface et 2LiveCrew qui font la bande-son de ses journées.
Dès l’époque de ses premières K7 de N.W.A., Richard rêve sans doute secrètement de devenir lui aussi un rappeur, et c’est grâce à une autre de ses passions qu’il va sérieusement envisager de franchir ce cap.

Régulièrement, l’asphalte des parkings de Miami chauffe sous les démonstrations de puissance de bagnoles à plusieurs milliers de SMIC. Ces showcase organisées par les locaux, amateurs de grosses cylindrés, sont l’occasion pour les participants de comparer leurs bolides, de parler tuning ou affaires crapuleuses sur fond d’odeur de gomme brûlée.
C’est en 1997, lors d’un de ces shows, que Richard Morales va rencontrer celui qui deviendra son meilleur ami et mentor, William Leonard Roberts II, un apprenti rappeur qui fricotait déjà avec MIA Productions, un label local.
Le rêve de jeunesse de William, c’était de devenir joueur de football US, mais n’ayant pas obtenu la bourse universitaire nécessaire pour continuer à exercer sa passion, il a dû se résoudre à abandonner. C’est donc via le rap qu’il espère s’épanouir et s’enrichir… et après une année passée comme gardien de prison, il a tout quitté pour se lancer entièrement dans le rap.
Les deux jeunes, partageant cet amour pour la musique, les choses mafieuses et les voitures de luxe, vont très vite sympathiser et surtout commencer à rapper sérieusement ensemble.
Richard Morales devient Gunplay, et William Leonard Roberts II prend le pseudonyme de Rick Ross.
Deux ans plus tard le rappeur Torch émigre de New-York vers Miami, et tous les trois formeront le premier roster du groupe Triple C.

Color, Cut & Clarity

La suite de l’histoire est surtout celle de Rick Ross, puisque des deux compères il est celui qui s’appliquera le plus à lancer sa carrière. Le problème de Gunplay, c’est que contrairement à Ross, il a réellement été impliqué dans le trafic de drogues et qu’il faut pouvoir s’en échapper complètement. Malgré tout, après avoir mis un pied dans la musique, il s’en éloignera progressivement pour se concentrer sur le rap… c’est une autre histoire en ce qui concerne sa consommation personnelle.
Heureusement pour lui, Rick Ross, très probablement bien conscient du diamant brut qu’était Gunplay, l’empêchera de se forger une réputation d’artiste ingérable en le forçant à rester sous-terrain autant que nécessaire : Seul maitre de ses choix de carrière, il n’aurait certainement pas obtenu sa récente signature solo sur le label Def Jam.

Pendant presque 10 ans encore il restera impliqué à divers niveaux dans le trafic d’herbe et de cocaïne – précédent un passage éclair dans le proxénétisme – , dont il ne sortira qu’à la signature du deal de Triple C chez Def Jam. Pendant ces 10 ans, Gunplay était tout autant un boulet pour Ross et Triple C qu’il leur était indispensable : véritable épave remplie de drogues, il fait annuler des concerts parce qu’il n’est pas en état, termine des nuits au bord du coma sur des parkings, joue avec sa vie et sa liberté.

Il y a d’abord son rapport très décontracté avec la drogue et les armes : Il n’a pas hésité à insérer des bruits de narines qui reniflent entre les titres de sa première mixtape, ou à se faire filmer en train de consommer. Quant à son amour des armes, en voulant le mettre en scène dans le clip de Cigar Fare and Hardware, il se fera arrêter par la police de Miami. Morales était alors toujours sous le coup d’un sursis pour une ancienne affaire de port d’arme illégal et n’avait pas le droit de s’approcher de si près d’un flingue.

Il y a ensuite ses bad trips : comme cette fois où il a gobé une pilule d’origine inconnue. La chose l’a emmené si haut que son cœur et son système de sudation étaient entrés en mode rhinocéros. Ce soir là, Gunplay est allé tellement loin au-dessus du ciel qu’il a sans doute vécu des expériences extracorporelles. Amené d’urgence à l’hôpital, rien ne semblait pouvoir le réveiller, les gifles et le trajet en voiture n’y faisaient rien. Inconscient et complètement à poil sur son lit d’hôpital, il aura fallu qu’une infirmière essaie de lui retirer sa chaîne pour qu’il redevienne sobre sur le champ, pur comme un bébé. Réflexe de survie : on ne touche pas aux brille-brille de Don Logan.

Il y a enfin son obsession pour les croix gammées et autres symboles nazis : une croix gammée tatouée sur la nuque et des « heil logan » répétés plusieurs fois sur ses cassettes. Il a même très sérieusement envisagé d’utiliser la svastika comme pochette de son premier album solo. Et quand on l’interroge sur son tatouage, Gunplay ne laisse aucun doute, ce n’est pas une svastika, c’est bien une croix gammée qu’il a sur la nuque :

« c’est mon symbole pour dire que je viens pour exterminer ces conneries, je vais Nazifier cette merde, Hitleriser ces fils de pute. Mettre tous ces faux enculés dans la chambre à gaz et leur gazer la gueule. »

Toutes ces anecdotes aident Gunplay à se forger un personnage unique dans le paysage rap, et ne l’ont pas empêché d’être parfois un très bon rappeur… mais elles sont surtout de sérieux boulets pour quelqu’un qui souhaite devenir un artiste « grand public ».

Don Logan

Rick Ross a toujours été le garde fou de Gunplay, une sorte de super manager qui lui a appris ce qu’il fallait et ne fallait pas faire pour se construire une carrière.
Il y a d’abord cette histoire de pseudonyme. Gunplay l’apprendra sur le terrain, lors de sa première apparition en radio, avec Rick Ross. Au moment de présenter les loulous qui l’accompagnent, Rozay présente son bras droit comme « G-Play ». Et tout au long de l’interview c’est comme ça qu’il le désignera. Gunplay comprend que son pseudonyme ne peut même pas être prononcé sur les radios nationales, ce qui est compliqué quand on espère y entendre ses chansons tourner…
En conséquence, Rick Ross conseillera à Gunplay de regarder le film « Sexy Beast », un film de gangsters anglais. Dans ce film, il y a un personnage dans lequel Gunplay s’est reconnu : le bras droit du chef de la Mafia, un type colérique avec le coup de poing facile, tout comme lui à l’époque. « Je pense qu’il y a une bonne raison pour que Ross m’ait demandé de regarder ce film… » s’est alors dit Gunplay. Le nom de ce sous-chef de la Mafia, c’était « Don Logan » ; il décida donc d’en faire un second pseudonyme, avec lequel il pourra switcher à tout moment, un peu à la manière de ce qu’a pu faire Tity Boi/2 Chainz.

Autre conseil important de Ross à Gunplay : l’importance du choix des prods. S’il y a une leçon que tous les rappeurs sur terre doivent retenir de la carrière de Ross, c’est bien que les prods sont aussi importantes que le rap pour faire de la bonne musique. Alors, évoluant à ses côtés, c’est quelque chose que Gunplay a compris mieux que quiconque. Et d’abord avec Justice LEAGUE et The Inkredibles (All On You, Gunplay), mais surtout plus tard avec Lil Lody (Rollin’, Bogota), il a trouvé les parfaites combinaisons et l’équilibre pour habiller son rap sans le parasiter.

Bogota

S’il a fait des apparitions sur tous les albums solos de Rick Ross, c’est surtout en 2009, quand sort le premier album de Triple C’s, Custom Cars & Cycles, que le public a pu faire pleinement connaissance avec Gunplay. (Enfin, aurait pu, étant donné l’échec commercial de l’album). Sur ce disque bien trop sous-estimé, la star ce n’est pas Ross, encore moins Torch et Young Breed, mais bel et bien Gunplay. Ce sont ses couplets, et quelques une des prods, qui volent la vedette au reste de Triple C. A chaque fois Don Logan fait mouche grâce à l’accroche de ses couplets et quelques fulgurances.

A wad of money, not a lotta money
Most on the weed, just a broken dream
Tryna come up sellin’ somethin’
Buyin’ somethin’, tryin’ somethin’
Inside I’m sufferin’, outside I’m stuntin’
I’m bout mine, I’m thumpin’
Till God bring out the trumpet
Barack just a puppet
But no one listens to junkies
And no one hires a flunky…

Par la suite, avec ses mixtapes Sniffahill, Don Logan ou Inglorious Bastard, Gunplay aura le temps de se faire remarquer avec son lyrisme gangster, blindé de références illuminati, de jeux de mots sur les drogues et d’auto-célébrations dissimulant à peine les blessures de sa vie passée. « Inside I’m sufferin’, outside I’m stuntin« .

Amongst Wolves, Mom Sent Me Out. Never Sold My Soul, But The Devil Rent Me Out

C’est surtout le Gunplay débordant d’énergie que l’on retrouve sur ses mixtapes, et sur ses morceaux les plus connus car certainement les plus marquants: Rollin’, Bogota ou l’émeutier Jump Out. Et quand il s’agit de rapper comme s’il était une armée de légionnaires rassemblée en un seul homme, Gunplay est peut être ce qu’il se fait de mieux actuellement.

Après la signature de Triple C sur Def Jam en 2005, Gunplay est bien loin du trafic de drogues. Mais ses cachets lui permettent de poursuivre en toute quiétude sa consommation. Les soirées annulées, les interviews ratées, et toutes les conneries qu’il ne pouvait pas s’empêcher de faire en étant drogué continuent un temps. Gunplay raconte que c’est lors d’un photoshoot pour un magazine qu’il a compris qu’en agissant ainsi, ce n’était pas que lui mais tout son groupe qu’il ennuyait : alors qu’il arrivait encore complètement défoncé, les autres membres de Triple C se sont énervés contre lui : « Ce n’est pas que toi que tu défonces, tu nous fais tous chier là, et tu nous fais perdre de l’argent. C’est l’argent de Rick Ross que tu fais perdre« .

En plus des remontrances de son groupe, il y a aussi la naissance de son fils qui va progressivement le forcer à se calmer sur la drogue. Enfin principalement sur la cocaïne. A vrai dire, il confesse qu’il s’est laissé dépasser par sa consommation de cocaïne à une époque, et après avoir ressenti les premiers gros impacts physiques (narines détruites et extrême maigreur), il décide d’arrêter complètement la C.

Medellín

Bizarrement, Gunplay ne parle de son sevrage de cocaïne que depuis sa signature solo chez Def Jam (été 2012), en expliquant que ça fait maintenant presque deux ans qu’il s’est arrêté. A-t-il été obligé de s’inventer une désintox pour pouvoir vendre des disques ? Étant donné que dans le même temps il continue a vanter les bienfaits de la MDMA, on ne sait plus quoi penser, comment discerner le vrai du faux. Après tout, même pour ce qui est de son passé de grand dealer de coke, on n’a que sa parole comme preuve et on sait ce que vaut la parole d’un rappeur quand il s’agit d’avoir une crédibilité « rue ». Surtout dans la réalité alternative où évoluent Rick Ross et ses amis de MMG.

Aujourd’hui, à défaut d’être un artiste « crossover », peut être Gunplay est-il déjà un rappeur « hybride », mélange d’influences venues de la côte est et du plus profond du sud. C’est en tout cas comme ça que lui-même se décrit :

« Gunplay c’est des lyrics du nord avec le charisme du sud. Gunplay c’est un grand gumbo. Un « Gangsta Gumbo »»

Après toutes ses frasques, Gunplay semble s’être calmé -en dehors des studios- et enfin prêt à être un vrai professionnel. Au moment où j’écris ces lignes il vient de signer un contrat solo chez Def Jam, et son premier album solo devrait sortir dans le courant de l’année prochaine.
Pour celui-ci, il nous est promis un retour du personnage que l’on connaît déjà, ce diable de Tasmanie Illuminatus, tantôt surexcité, tantôt émotif ; tour à tour finaud, tour à tour polisson, tour à tour gangster, mais tour à tour généreux. Et en plus des habituels alliés, sont déjà annoncés Kendrick Lamar, avec qui il a déjà pondu le meilleur titre de 2012 (Cartoon & Cereal) ainsi que le légendaire DJ Quik, prouvant que Morales a bien retenu les leçons de Ross sur l’importance du choix des beats.
Le titre de cet album : Medellín. Gunplay n’a donc pas changé tant que ça.

« Quand j’ai sniffé de la coke à Medellin ils m’ont dit que ma carrière était terminée… Alors maintenant ils vont aller acheter mon album, qui s’appellera Medellin… Bande de suceurs, Noël est fini !« 

Crédits :

Texte : PureBakingSoda
Illustrations : Stephen Vuillemin aka acevee

 

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Avant d’atterrir sur le plateau du Saturday Night Live, c’est dans un club de stand-up de la côte Est américaine que s’est faite la première apparition du « Foreign Man ». On est alors au début des années 70, et le public présent, venu voir des comiques plus ou moins bons passer à la chaine sur scène, n’a alors jamais entendu parler de celui qu’ils allaient plus tard appeler Latka Gravas.
Avec son accent à couper au couteau, l’homme se présente et annonce son numéro, ce qui, à une traduction prêt, donne ceci : « Boujour. Jé viens dé l’île de Caspiar. Jé voudré imiter Mossieur Jimmy Carter, lé président dé Zéta-Zouni ». L’étranger commence son numéro, et le public est stupéfait devant tant de nullité. S’il n’avait pas annoncé avant qui il allait imiter, personne n’aurait pu reconnaître le président Carter tant la voix et l’accent du comique paraissent inchangés.
Face à la nullité de ce spectacle, le public aimerait rire, mais le pauvre homme sur scène est tellement mauvais et paraît tellement gêné que c’est un malaise parfaitement palpable qui s’installe dans l’assistance.
Apparaissant déboussolé, peut-être même au bord des larmes, le comique raté décide néanmoins de poursuivre son numéro : « Et maintenon, jé voudré vou imiter le Elvis Presley ».
Rien qu’à l’annonce, et d’imaginer ce qu’allait donner un blédard à l’accent turquisant tentant d’imiter le King, le public ne pu cette fois s’empêcher d’exploser de rire. Pas démonté pour autant, l’étranger tourna le dos au public, passa un coup de peigne dans ses cheveux, retira sa veste de costume et attrapa la guitare posée à ses pieds.

Après s’être retourné, le « Foreign Man » entama une imitation absolument parfaite d’Elvis Presley, tellement ressemblante qu’à posteriori le King en personne avouera être bluffé. Le public venait de comprendre qu’il avait été trompé depuis le début par un homme plus malin qu’eux qui jouait l’abruti.

Cet homme s’appelait Andy Kaufman, et deviendra une des plus grandes stars de la comédie aux Etats-Unis. Performer jusqu’au-boutiste, Kaufman aura fait de sa vie entière un gigantesque sketch, n’étant jamais apparu en public « au naturel », mais toujours campant un des personnages de son répertoire. Son jeu fut poussé tellement loin, que le jour où il annonça être atteint du cancer personne ne le cru. On raconte même qu’à l’hôpital, c’est jusqu’à certains membres de sa famille qui remettront en cause sa maladie, pensant que certains médecins étaient des acteurs. Il semblerait qu’Andy Kaufman est aujourd’hui mort de ce cancer, mais il y a encore des fans pour croire, ou espérer, qu’il s’agisse bien de sa meilleure blague.

Précisons avant d’aller plus loin, que chaque détail de l’incroyable histoire qui suit, a été rapporté par RiFF RaFF lui même.

FASHiON GAME JOHN CLAYTON III

Jody Christian est né à Houston au Texas. Ses premières années, il les passe a trainer dans les quartiers du nord de la ville, marqués par une mixité ethnique rare aux Etats-Unis.
Sans doute trop jeune pour comprendre, le petit Jody ne sait pas ce que fait sa mère à cette époque pour occuper ses journées et ramener de l’argent à la maison. Quant à son père, vétéran d’une guerre du Viêt-Nam qui lui a laissé de nombreux troubles post-traumatiques, il brasse du papier en étant basketteur de rue.
Du coup, dès son plus jeune âge, Jody est forcé de trainer dans la rue avec ses très nombreux frères et sœurs, enfermés dehors par des parents qui sont absents du domicile toute la journée. Pour s’occuper, cette ribambelle de gamins s’invente alors un univers parallèle où ils vivront pleins d’aventures. « Nous étions comme une armée de petits G.I. Joe » explique Jody.

À l’école, Jody n’est pas vraiment ce qu’on peut appeler un bon élève. En fait, il n’en a même à rien foutre de l’école, et s’il se rend là bas de ses 6 à 16 ans, c’est uniquement pour draguer et montrer à tout le monde ses nouveaux habits.
Depuis toujours Jody possède un style unique qu’il entretient avec minutie, fait de linges fluorescents, basket multicolores et autres lunettes de ski. Chaque jour passé est pour lui un immense show de mode et une occasion d’en mettre plein les yeux à autrui. Mais un jour, Jody poussera ce style-jeu tellement loin qu’il ne pourra pas empêcher son renvoi définitif : n’ayant pas trouvé de t-shirt parfaitement assorti à sa nouvelle paire de Reebok Pump, il estima ne pas avoir d’autre choix que de se rendre à l’école… torse nu.

 

Viré, Jody doit trouver de quoi s’occuper. Sans diplôme mais bien décidé à amasser rapidement du papier, il se lance donc dans les affaires très chaudes d’acidulé et de riz. À ce moment il ne se doute probablement pas encore qu’il deviendra bientôt la référence quand il s’agira d’apporter le riz.

Un matin, alors qu’il s’apprête à apporter sa céréale de prédilection, Jody reçoit un coup de téléphone inattendu ; c’était son ancien directeur d’école. Ce dernier lui expliqua qu’un concours de mode allait être organisé au lycée, mais qu’il avait peur de ne pas faire le poids… Alors humblement, il demanda à Jody d’oublier les rancœurs passées, et de revenir au lycée pour apprendre aux autres élèves à s’habiller.
Jody accepta, et évidemment permit à son lycée de remporter le concours. Néanmoins, et malgré l’insistance du directeur, il ne voudra pas réintégrer sa place en cours. Les dollars de la récompense du concours en poche, c’est maintenant une autre vie qu’entend mener Jody.

LiFE GAME KURT SCHNEiDER

Avec ces quelques deniers, Jody pu investir encore d’avantage dans le marché fleurissant du riz, s’acheta quelques chaines en diamants et s’offrit son premier tatouage : « The City Of H-Town » sur l’épaule droite.

C’est alors un bien étrange phénomène dont Jody Christian va être victime. Pendant plusieurs jours, il se réveillera chaque matin avec un nouveau tatouage sur le corps, alors même qu’il ne s’est, évidemment, pas rendu chez le tatoueur.
Une carte du Texas sur l’estomac, un Alien sur l’avant bras, un Bart Simpson sur le cœur, et toute une tripotée d’autres qui apparaitront quotidiennement comme par magie. Ce n’est qu’une fois le torse recouvert d’une bonne dizaines de tattoos qu’il finira par comprendre : à la manière d’un Tyler Durden du Fight Club, Jody abrite deux personnalités dans son corps, Jody Christian et Jody Highroller. Ce dernier est à peu de choses prêt la même personne que l’original, mais tout en étant une autre personne et en vivant une autre vie. Les deux Jody auront au départ un peu de mal à gérer cette double vie dans un même corps, en parti parce qu’ils ont le même prénom. C’est pourquoi, afin d’aider leur cohabitation, le Jody originel facilitera ce merdier en adoptant le pseudonyme de RiFF RaFF.

 

Des années durant, RiFF RaFF et Jody Highroller vivront une vie paisible, faite de femmes, de riz et de succès. Pendant que RiFF RaFF remportait sept fois d’affilée le titre de meilleur joueur de la National Baller’s Association, Jody Highroller se vengeait de ne pas avoir été diplômé en s’achetant son propre lycée.

C’est en 2004 que la vie de RiFF RaFF va prendre un tournant décisif. Par hasard, il va tomber sur la chaine de télévision B.E.T. et être littéralement absorbé par ce qu’il va y découvrir : le rap. RiFF RaFF va alors rester une année entière devant sa TV, regardant la chaine non stop jusqu’à avoir le déclic : « Moi aussi je vais rapper. »
Alors, au terme de cette année à végéter devant son écran, RiFF RaFF ira se faire tatouer le logo de B.E.T sur le corps, symbole de son but ultime ; devenir un de ces rappeurs qui passent en boucle à la télé.
L’histoire est sensiblement la même en ce qui concerne son tatouage « World Star Hip-Hop ». Quant à son tatouage « MTV », il célèbre un événement tout particulier…

FROM G TO RAP

Si RiFF RaFF s’est fait faire son tatouage MTV, c’est parce qu’il s’apprête à participer à une émission de télé-réalité. Nous sommes en 2009, RiFF RaFF vient d’avoir 26 ans, et son style unique lui a permis de se faire remarquer par des casteurs de l’émission « From G’s To Gent », un show dont le principe est de transformer des petits gangsters en parfait gentlemen.
Ce show permet alors à RiFF RaFF d’apparaître sur la chaine la plus regardée au monde et de devenir immédiatement une star, malgré son élimination du jeu dès le deuxième épisode. Parce qu’on ne peut pas faire changer RiFF RaFF.
Après cette élimination, RiFF RaFF cherchera néanmoins à capitaliser au mieux son passage télé en ajoutant « MTV’s » à son pseudo et en redoublant la cadence de ses freestyles.

C’est alors le début d’une série de mixtapes de freestyles à sa gloire, distribuées exclusivement via iTunes. Une demi-douzaine de tapes et vidéos plus tard, MTV RiFF RaFF devient RiFF RaFF SODMG, après avoir reçu le soutien de Soulja Boy. Passons très vite sur l’année qui a suivi – pour mieux y revenir plus loin – et nous voilà en 2012, RiFF RaFF a toujours 26 ans et vient de signer un contrat de 3 millions de dollars pour 8 albums chez Mad Decent.

Cette histoire, telle que vous venez de la lire, c’est celle que RiFF RaFF veut bien raconter, celle qu’il a racontée au fil d’interviews à Fader, Complex, Gawker ou L.A. Weekly, magazines qui ont cherché à décrypter ce rappeur viral, qui ne semble exister qu’à travers des vidéos youtube et camper un personnage. RiFF RaFF est-il est une farce ? Se joue-t-il de nous ? Est-il le RAP GAME ANDY KAUFMAN ? La vérité est un peu plus compliquée que ça.

RAP GAME ANTOiNE LAVOiSiER

Le véritable nom de RiFF RaFF est Horst Simco. Né le 29 janvier 1982, il a donc en réalité 30 ans. C’est bien à Houston qu’il est né et a vécu les vingt premières années de sa vie, avant de partir vivre à Duluth dans le Minnesota, où il est allé à la fac. Qu’est-ce qu’Horst Simco est allé y étudier ? Parmi les formations dispensées là bas, il a peut-être suivi les cours de préparateur en pharmacie, expliquant l’amour du « Freestyle Scientist » pour les tubes à essaie et autres éprouvettes. A moins qu’il n’ait suivi la formation en art… Quand on sait qu’après avoir arrêté la fac, Horst se faisait de l’argent en peignant sur des voitures et en concevant logos et identités visuelles pour des sociétés, la piste de la formation en art paraît plausible ; d’autant plus que cela collerait avec son goût pour la performance et la comédie.

Alors RiFF RaFF ne pourrait être qu’une immense performance réalisée par Horst Simco ?

 

La réalité est un peu plus complexe en vérité. Oui, RiFF RaFF/Simco aime jouer la comédie, mais à en juger par les quelques apparitions vidéo de son petit frère, le snowboarder Viktor Simco, il apparaît que la mongolerie contrôlée est un trait typique de la famille. Et puis, reprocher, ou souligner, que RiFF RaFF est un « personnage » reviendrait à faire pareil pour Gunplay/Richard Morales par exemple, ou n’importe quel autre rappeur intenable.
La seule différence est peut être qu’il y a effectivement un décalage entre Horst Simco et RiFF RaFF, que ce ne sont pas exactement les même personnes. Mais plus qu’une performance, un rôle ou personnage, il faut voir en RiFF RaFF ce qu’a toujours adoré et voulu être Horst Simco : la mutation d’un fan de rap en un flambant freestyler Texan.

Véritable fils du Texas, né et élevé dans le nord de Houston, Horst Simco a écouté puis étudié la science des freestylers de son Etat, de Fat Pat à Lil Flip, jusqu’à absorber tout le répertoire de la Screwed Up Click et de Swisha House.
Toutes ces influences sont criantes dans les premiers freestyles de RiFF RaFF, diffusés pour la plupart juste après « From G’s To Gent ».
Les deux influences les plus marquantes étant le rappeur de Dallas Big Tuck, membre des Dirty South Rydaz, et Lil Ron de la Swisha House :

Du timbre de la voix jusqu’à sa façon de jouer avec la durée d’une syllabe pour tenir la mesure, en passant par le modèle des rimes, énormément d’éléments dans le rap de RiFF RaFF rappellent Big Tuck. Il suffit d’écouter le freestyle ci-dessus, suivi de « Larry Bird », pour que le parallèle apparaisse on ne peut plus évidemment.

La même remarque peut être faite avec Lil Ron (deuxième rappeur sur le freestyle ci-dessus) dont les intonations et prononciations rappellent aussi fortement le RiCE EMPEROR.

RAP GAME 2.0 ALLEGORY

Penser que RiFF RaFF est un « sketch » c’est être à mille lieues de la réalité, et quiconque continue à défendre cette idée aujourd’hui ne mérite que d’être giflé par l’Empereur avec un immense sac de riz. Si il est compréhensible d’avoir été plus que perplexe devant les premières apparitions du bonhomme, étant donné son style très particulier et son univers surréaliste basculant sans arrêt dans le cartoon, ça l’est de moins en moins étant donné l’évolution de sa carrière.
Aussi, il est difficile d’entrer dans sa discographie, puisqu’à l’heure de datpiff et livemixtape, RiFF RaFF s’entête à ne sortir ses projets que sur iTunes. Cela s’accompagne en plus d’un contrôle ultra serré des leaks, afin d’éviter le maximum de distributions gratuites (essayez de faire passer une de ses mixtapes gratuitement, elle sera effacée dans la semaine, j’en ai fait moi-même l’expérience plusieurs fois). Mais depuis la sortie de l’album Sour & Gunpowder, RiFF RaFF possède enfin un projet référence, une « porte d’entrée ».

Sorti en fin d’année dernière, Sour & Gunpowder est un parfait (à l’exception de l’ignoble premier titre) showcase de ce que sait faire RiFF RaFF, sur lequel il a enfin réussi à se détacher des rappeurs dont il s’inspirait jusque là pour apporter quelque chose qui lui appartient entièrement avec des freestyles alourdis à la codéine, et respirant infiniment fois plus le Texas que beaucoup de disques récents unanimement salués, mais ne faisant qu’imiter ce genre de rap et ses codes.

RiFF RaFF a en plus parfaitement assimilé le meilleur moyen d’attirer l’attention aujourd’hui. Ce style et ses vidéos, ce n’est que ça, la maitrise de l’outil internet comme moyen de promotion, qui en plus, couplée à ce contrôle drastique des fuites de mp3, force les internautes à dépenser 0,99$ par titre sur iTunes.

Alors oui, RiFF RaFF n’existe que sur internet, mais aujourd’hui ce n’est plus forcément un mal. Internet n’est plus l’antichambre du futur, l’endroit où les artistes attendent d’être repérés. Internet est simplement devenu le cadre de carrières effectuées en parallèle de l’industrie classique, et RiFF RaFF ne fait que s’inscrire dans ce cadre. C’est sans doute parfaitement conscient de cela qu’il multiplie les collaborations avec des artistes qui partagent avec lui cette forme virale d’existence : Lil B, Lil Debbie, Andy Milonakis, Chief Keef (pré-Kanye) ou prochainement Kitty Pryde.

 

Donc non, RiFF RaFF n’est pas le RAP GAME ANDY KAUFMAN, parce que même si la comédie et son personnage font partie intégrante de son « œuvre », il n’est pas en train de jouer au rappeur comme ont pu le faire Michael Youn ou Sacha Baron Cohen. Il ne révolutionne rien et n’aura probablement pas de reportage honorifique dans 20 ans sur VH1, mais RiFF RaFF est un vrai, bon, rappeur.

Aujourd’hui RiFF RaFF explore d’autres terrains, surtout depuis son rapprochement avec l’écurie Mad Decent, en rappant sur des productions de Sinden ou de l’ignoble Diplo. En espérant qu’avec le succès de sa récente vidéo pour le titre « Time », un morceau qui datait en réalité de 2010, Jody Highroller se remette aussi à la chanson country.

Et en attendant ses projets à venir, dont un album entièrement produit par Dame Grease, et un autre par Harry Fraud prévu pour le 4 juillet, je profite de ce temps de parole qui m’est offert pour vous annoncer officiellement l’arrivée prochaine de la réédition du CLASSiC Sour & Gunpowder, entièrement re-vissée par la GORiLLE MUSiC COMPAGNY de SilverBack_Gz aka L’Afrocalypse.

HEY RiFF RaFF WHERE’ YOU FROM ? – HOLLYWOOD, BRAZiL, BiTCH !

Crédits :

Texte : PureBakingSoda
Illustrations : Pierre Thyss aka Young Thuss

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Pour arriver sur la surface de Pluton, en partant du cimetière d’où débute son histoire, Future a dû parcourir plus de 6 milliards de km.
Le voyage fut long, dura dix ans, mais lui permit de produire l’album dont il rêvait ; un album qui prend le temps de revenir sur chacune des facettes du personnage qu’il s’est sculpté durant cette décennie.
Parce que si pour beaucoup le rappeur Future n’a émergé que dans les derniers mois, tout au plus une paire d’années, c’est en réalité depuis le début des années 2000 qu’il opère secrètement en orbite autour d’Atlanta…

…et c’est presque un demi-siècle qu’il faut remonter en arrière pour retrouver trace des plus vieilles influences de Pluto.

Le père spirituel

Nous sommes à la fin des années 60, Lyndon Johnson, impopulaire à cause de la guerre du Viet Nam, renonce à se présenter à sa propre réélection. Pendant ce temps, les opposants ordinaires à cette guerre préfèrent célébrer des rockeurs et guitar heros comme Janis Joplin, Jefferson Airplane ou Carlos Santana.
Couvrant le concert de l’un d’entre eux, un photographe de Rolling Stone Magazine s’infiltre backstage pour une interview ; « Bonjour, je suis un journaliste de Rolling Stone » dit-il, ce à quoi le grand noir ébouriffé face à lui répondit :

« Je suis Jimi Hendrix, je viens de Mars. »

La récente conquête de l’espace et les premiers pas d’un homme sur la lune sont à cette époque une grande source d’inspiration pour le rock psychédélique, et vont même jusqu’à faire naître des sous genres musicaux comme le space-funk ou le space-jazz.
L’espace est alors un moyen de décrire les voyages d’un esprit imbibé de drogues : LSD, Marijuana, Héroïne, sont pour ces artistes des vaisseaux pour la Lune, Mars et Pluton.

Parmi le demi-millier d’astronautes qui a émergé à cette époque, Jimi Hendrix est celui qui va nous intéresser, le guitar hero étant un des pionniers des métaphores cosmiques ;

« I’m in orbit around the third planet from the star called the sun. Over. » – Third Stone from the Sun

« I have lived here before the days of ice. And of course this is why I’m so concerned. And I come back to find the stars misplaced. » – Up from the Skies

Que ce soit par ses textes, l’usage de la pédale wah-wah, les distorsions de la fuzzbox ou les effets d’échos, la musique d’Hendrix nous renvoyait souvent aux odyssées spatiales que seuls de grands accros aux modifications de l’esprit ont pu vivre.

Cet Hendrix cosmonaute est, presque 45 ans après, une des influences principales des thèmes de Pluto. Et comme nous allons le voir, l’obsession de Future pour le guitariste ne date pas d’avant-hier.

Famille étendue

Nayvadius Willburn est un petit dealer de crack à Atlanta. Il raconte que c’est sa mère qui lui a tout appris et l’a poussé dans cette voie, mais personne ne sait si c’est la vérité. Ce qui est sûr, c’est que s’il n’est pas au coin de la rue à vendre de la dope, Nayvadius essaie de faire de la musique dans le garage de ses grands-parents, chez qui il vit. Son ambition n’est pas de devenir le kingpin d’Atlanta ; son rêve, c’est d’être une rock star.
Seulement, à Atlanta, ce n’est plus du rock qu’il faut faire pour être une star, mais du rap.

Voyant que son petit-fils savait rapper et chanter, y voyant surtout un moyen de le faire sortir de la rue, le grand-père se fai impresario d’un jour.
Celui-ci sait vers qui se tourner, un autre de ses petits fils ayant réussi dans la musique. La famille Willburn-Wade est un peu éclatée dans Atlanta et sa banlieue, mais la vie est faite d’évènements qui amènent régulièrement les familles les plus atomisées à se retrouver : les naissances, les mariages ou … les enterrements.

Nayvadius n’a que 14 ans le jour de cet enterrement. Toute la famille est présente, y compris son cousin, Rico Wade. Membre d’Organized Noize, Rico est un des cerveaux de la Dungeon Family, équipe la plus secrète et prolifique d’Atlanta, maison mère d’Outkast et Goodie Mob.
Le grand-père présente Nayvadius à Rico ; « C’est ton cousin, pour l’instant il est dans la rue, mais il chante, vois ce que tu peux faire avec lui. »

A l’époque, Rico Wade travaille avec Bubba Sparxxx sur le titre Ugly, peaufine avec André le troisième album d’Outkast et n’a que peu de temps à accorder à son cousin, mais trouve quand même le moyen de lui faire enregistrer un titre.

Pendant les trois ans qui vont suivre, Nayvadius n’a pas ou peu de contact avec cette partie de sa famille. Il n’ose pas retourner vers Rico, se disant qu’étant maintenant célèbre, il doit avoir des cars entiers de cousins plus ou moins éloignés qui réapparaissent pour profiter de son succès.

Mais la providence offre à Nayvadius une nouvelle chance de travailler avec son cousin, un nouvel enterrement. Cette fois, il prend son courage à deux mains pour aborder Rico Wade de lui même. « Tu te rappelles de moi ? » ; « Bien sur, je joue souvent la track que tu avais enregistrée à l’époque, je la fais écouter à tout le monde, il faut que tu reviennes en studio avec nous. »
Le lendemain matin Nayv’ est dans le donjon pour enregistrer le titre « Trap Star », un titre déjà marqué par la double influence trap et rock puisqu’il y est question de la cuisson de la cocaïne sur des riffs de guitares saturées…

Après l’enregistrement de ce titre, Nayvadius devient « Meathead ». Désormais officiellement membre de la Dungeon Family, il ne quitta pas leur studio une seule minute pendant plusieurs mois.

Famille recomposée

En studio, en plus de l’équipe d’Organized Noize, c’est un véritable All Star Game ATLien que Meathead côtoie : Big Boi, Andre3000, Big Rube, Big Gip, Cee-Lo, Khujo, Killer Mike, et beaucoup d’autres.
Il lui faut maintenant être connu du public. N’ayant pas le temps de s’occuper de tout le monde individuellement, Rico entoure Meathead de quatre autres nouvelles recrues, avec qui il forme Da Connect. Dans la foulée, en 2003, le groupe sort Dungeon Family 2nd Generation. Entièrement produit par Organized Noize, cet album devient la première apparition sur disque de Nayvadius Willburn.

Cet album est surtout l’occasion pour Nayv’/Meathead d’établir quelques connexions, notamment avec le rappeur Ludacris. Ce dernier sort la même année son quatrième album, The Red Light District, pour lequel Nayvadius va écrire un refrain.

Entre ce refrain et celui de Racks qui le rendra riche, Meathead devient Future, renommé ainsi par ses frères de la Dungeon Family qui voient en lui « le futur du rap ». Mais l’écriture de refrains n’occupant pas la moitié de son temps, et surtout ne remplissant pas tout de suite ses poches de liasses, Future est obligé d’écrire et de retourner vendre de la drogue à Kirkwood, en même putain de temps.
C’est en naviguant dans le business de la drogue qu’il fait la connaissance de Rocko, personnage un tiers rappeur, un tiers entrepreneur, un tiers dealer, et fondateur du label A1 Recordings sur lequel il signera Future quelques années plus tard, et via qui ce dernier rencontrera toute la clique des trappeurs sauvages d’Atlanta, en particulier Gucci Mane.

Ayant bien pris soin de ne pas se jeter dans la fosse aux lions tout de suite, et de bien préparer son arrivée dans le jeu en se construisant son univers et son identité, Future ne réapparaitra sur le devant de la scène que dix ans après ses véritables débuts.

La suite tout le monde la connaît. Future entame un de ces marathons de mixtapes comme seuls les trappeurs d’Atlanta savent nous les faire : 1000, Kno Mercy, Dirty Sprite, True Story, Free Bricks, Streetz Calling puis Astronaut Status. Et avec des titres comme Magic, Ain’t No Way Around It, Same Damn Time ou Tony Montana, Future parvient à devenir un rappeur à succès, dans un style à part capable de plaire à un public diversifié tant il ratisse large du côté des artistes et styles qui l’ont marqués.

Le fils prodigue

Depuis un peu plus de 6 mois, il est difficile de passer à côté de Future sur les radios américaines, et aujourd’hui tout le monde est capable de reconnaître en quelques secondes sa voix tremblante, son utilisation unique de l’autotune ou ses prononciations et articulations si particulières qui peuvent parfois le faire passer pour un Jamaïcain de l’espace.
Sur ses sept mixtapes, Future a réussi à convaincre aussi bien dans la trap (Tony Montana, Birds Take a Bath), le RnB de club (Ain’t No Way Around It) que dans les balades rap spatiales et EMOTEAM (Space Cadet, Deeper Than The Ocean).
Après un tel marathon, il lui faut maintenant franchir l’étape difficile du premier album studio.

C’est dès 2010 que Future travaille sur ce premier disque, et depuis le début il souhaite faire un album contenant dans son ADN le spectre de toutes ses influences.
Les premiers brainstormings sur l’orientation du disque, c’est avec Mike Will qu’il les a. C’est à Gucci Mane que les deux doivent leur rencontre, et depuis ils ont déjà eu l’occasion de travailler ensemble à plusieurs reprises.
Future explique alors à Mike Will qu’il souhaite que son disque fasse de lui une rock star. Pour ça, s’il est prêt à y intégrer plus de chant que de rap, il n’est évidemment pas pour abandonner les délires spatiaux qu’il a développé de plus en plus au fil des mixtapes. Parce que comme le guitariste qu’il idolâtre, Future veut donner l’impression qu’il vient de l’espace. Avec ce parti pris comme base, le projet est lancé sous le nom de code « FUTURE HENDRIX ».

Le premier morceau enregistré est « Truth Gonna Hurt You », sur lequel le chant de Future est habillé de guitares saturées qui semblent provenir de la galaxie Jimi.
C’est autour de cette pierre angulaire que l’album va se développer, les titres suivants à être enregistrés étant « Turn On The Light » et « Neva End ». Ces trois balades produites par Mike Will, très proches dans leurs sonorités, formeront la colonne vertébrale de l’album. Et si les guitares, que l’on retrouve sur Permanent Scar de Jon Boi ou Deeper Than The Ocean de Will-A-Fool (absent de l’album final), sont absentes de T.O.T.L. et Neva End, Mike Will s’inspire néanmoins de sonorités rocks pour ces titres. En effet, à l’époque de l’enregistrement, Future écoute en boucle The Fool, dernier album du groupe de rock alternatif Warpaint, et invite ses producteurs à en faire de même avant de produire pour lui.

Avec son mélange de chant et de rap, sa cohérence sonore marquée par le rythme de balades, sa position extra-terrestre et évidemment en invitant Big Rube pour faire le narrateur de son histoire, Future inscrit aussi son album dans la continuité des disques de la Dungeon Family. Alors comment ne pas penser à ATLiens d’Outkast, tant ces albums ont des points communs, de leur façon de nous plonger dans un autre univers par leurs productions douces, « spatiales », qui utilisent violons, pianos et guitares, jusque dans leur volonté affichée d’être des OVNIS, ou au moins albums difficilement identifiables.

Désormais l’album s’appelle Pluto et d’avantage de rap que prévu y a été intégré. On y retrouve notamment les deux hymnes du guêpier, Tony Montana et Same Damn Time, qui ne dénotent pas tant du reste en donnant l’impression que Future trappe comme un extra-terrestre, grâce à des textes à la limite du surréaliste (dans l’un Future revit le film Scarface en accéléré, dans l’autre il est sur Pluton et Mars au même moment, pour y faire deux choses en même temps).
Le défaut du disque, c’est du côté de son entame qu’il faut aller le chercher ; et si le titre Parachute avec R. Kelly reste correct même sans tenir toutes ses promesses, les trois titres suivants gâchent légèrement l’unité de Pluto.

En tant qu’album, on ne peut avoir qu’un sentiment mitigé sur ce Pluto, tant on y sent le potentiel d’un disque qui aurait pu/dû être infiniment meilleur, un peu gâché par un surplus de chansons. Mais avec en son coeur une dizaine de titres qui vous enverront dans l’espace sans vous demander la permission, Pluto reste un très bon album de rap, grâce à ses productions qui émulent parfaitement l’immensité spatiale et au talent de Future pour le songwriting et les flows expérimentaux.
Maintenant, espérons que « Future Hendrix » voit quand même le jour, tant ce sont les titres issus de ce projet qui offrent à Pluto ses meilleurs moments.

Crédits :

Texte : PureBakingSoda
Illustrations : Immy Soraya