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En avril dernier, ASAP Rocky était flatté qu’un obscur site en français parle de sa musique. A peine 8 mois après, le voilà devenu signataire d’un contrat de 3 millions de $ chez Sony/RCA. Que s’est il passé entre temps pour qu’une telle ascension soit possible ?

Les premières fois où j’ai entendu parler de ce qui allait devenir LiveLoveA$ap, c’était encore un album sans nom ou parfois appelé Mouth Fulla Gold. Il n’avait pas encore de véritable date de sortie, et même si l’entourage de Rocky tablait pour la fin juin, rien n’était pressé. Il n’y avait pas encore de public, si Clams Casino ou DJ Burn One avaient déjà fournis des prods, ASAP Rocky espérait encore connecter avec Squadda B et MondreM.A.N..

Début mai j’ai pu écouter une première version, à laquelle s’ajoutera la collaboration avec Main Attrakionz, entamée au début du mois de juin, et aussi les deux morceaux produit par Soufien3000, qui avait dès la fin du mois de mai contacté ASAP Rocky pour lui proposer de travailler avec lui… Un album était alors quasiment prêt, aurait pu sortir en juin, mais certainement de manière relativement inaperçue. Cependant, une série de vidéos clips avait entre temps été prévue et la sortie fut repoussée une première fois, le temps que les premiers soient réalisés.

Pendant ce temps je fais écouter l’album à quelques personnes autour de moi. La majorité de ces primo-auditeurs adhèrent totalement à cet album venu de nul part… les premiers supporters d’ASAP Rocky, en dehors de son entourage, sont français… si bien que sa venue en France pour un concert est organisée et déjà pratiquement assurée.

Au mois de juillet les deux vidéos que tout le monde a vu sont diffusées sur internet. Purple Swag et Peso sont visionnés des centaines de milliers de fois et les téléchargements de la petite compil que j’avais fait avec des rip youtube de schlagos sont multipliés par 100. C’est le début de la ‘hype’, sur laquelle je n’aurais pas besoin de revenir. Là où cet engouement est surprenant, c’est que la plupart de ces nouveaux fans n’ont entendu que 2, 3, peut être 4 morceaux… Mais les braises prennent, aidées par ces deux vidéos qui sont, il faut le dire, très réussies.

Cette soudaine notoriété, qui ne fera que croitre au fil des mois (enfin… en 3 ou 4 mois), attirera l’attention de quelques artistes et en coulisse des grands noms commencent à être associés au premier album d’ASAP Rocky. Du coup la première version de l’album semble de plus en plus mise de côté, et repoussée, pour que ces nouveaux morceaux soient intégrés. Je ne sais pas dans quelle mesure je peux parler de ces morceaux… sachez juste que certains noms de producteurs ou featuring évoqués sont juste hallucinants. En tout cas tout le monde aura au moins vu les vidéos de Rocky et AraabMuzik ou Jim Jones en studio, ou entendu parler de sa tournée avec Drake et Kendrick Lamar

L’album est repoussé de semaine en semaine, l’engouement ne cesse de croitre jusqu’à faire de LiveLoveA$ap un des albums les plus attendus de la rentrée, et, en utilisant à peine l’ellipse, nous voilà avec le contrat de 3 millions de dollars signé.

Cette signature change énormément de choses pour ASAP Rocky. Et si ce n’est que du positif en ce qui concerne son compte en banque, cela vient aussi marquer l’apothéose d’une ‘hype’ qui, à la sortie de l’album le 31 octobre dernier, devient un énorme boulet.

Je pense que l’exemple parfait est la review de l’album faite par Andrew Nosnitzki a.k.a. Noz, la plume la plus connue et reconnue des critiques rap. Même si ses critiques sont objectivement justes, là où je pense qu’il commet une erreur dans son appréciation de l’album, c’est qu’il la lie entièrement au buzz et au contrat mirobolant chez Sony. « You can’t divorce A$AP Rocky from his hype. » // « Is A$AP Rocky’s Free Mixtape Worth $3 Million? ». Sa vision est compréhensible, et est un peu l’idéal type des regards qui seront portés sur LiveLoveA$ap, considéré comme l’album de l’artiste à la mode, celui qui a signé un des plus gros contrats pour un rappeur depuis très longtemps.

Or, après écoute de cette version finale de l’album, je me rend compte que de toutes les rencontres et collaborations faites durant la montée de sa notoriété, Rocky n’a gardé que les morceaux faits avec la famille proche. Est-ce lié à la signature ou est-ce un vrai choix, je n’en sais rien, mais le fait est que nous sommes revenu à un album qui aurait pu sortir tel quel, à 2 morceaux prêts, il y a 6 mois, quand personne, en dehors de 500 auditeurs de rap de la niche internet, ne le connaissait.

Un album qui aurait pu sortir de nul part, celui d’un simple rookie dont personne n’avait jamais entendu parlé avant. Voilà comment il faut aborder LiveLoveA$ap, parce que c’est ce qu’il est. Cet album n’a rien à voir avec le buzz qui a en réalité majoritairement succédé sa conception, et ce sera pour le prochain projet de Rocky qu’il faudra se demander si ca valait le coup ou non de mettre autant d’espoir (et d’argent) dans ce garçon. Alors, de ce point de vue là, LiveLoveA$ap est un très bon album, imaginez simplement la tête que vous auriez fait en tombant dessus sans jamais avoir entendu parler d’ASAP Rocky…

Beaucoup a déjà été écrit sur la musique d’ASAP Rocky, ici y compris, et donc sur des choses qui ce sont finalement retrouvées sur l’album. Je ne reviendrai donc pas dans les détails sur chacun des morceaux de cet album mais simplement sur trois ou quatre d’entre eux.

Une grande partie de l’album est résumée dans cette introduction. Son ambiance majoritairement tenue par un très bon choix de producteurs, une arborescence de sons lents dont la colonne vertébrale sont les instrumentaux de Clams Casino disséminés au fil du disque. Rocky passe en revue ses influences sudistes et west coast en modifiant son flow (‘flow switch‘) pour rappeler tour à tour des rappeurs légendaires, pas qu’originaires de Houston, mais aussi de Cleveland ou de Memphis. A propos de son flow en double temps rappelant Lord Infamous sur Palace, l’histoire veut que Rocky écoute beaucoup de rap de Memphis depuis qu’un ami lui a fait remarquer qu’il ressemblait à Tommy Wright III (avant d’avoir ses ‘french braids‘ il arborait la même coupe que ce dernier). Une anecdote qui plaira aux amateurs du cheveu, et qui prouve encore une fois toute son importance dans la chanson de rap de qualité.

Han, le sample de Peso. Ce track produit par ASAP Ty Beats a été pour beaucoup la porte d’entrée vers la musique d’ASAP Rocky. C’est sans doute là son véritable premier ‘tube’. Pas uniquement pour son efficacité, mais aussi parce que c’est un des rares morceaux où l’on ne va pas automatiquement se dire ‘tiens ça fait penser à ça’/’il prend le flow d’untel’/’il a écouté ça avant’ exercice qu’on a facilement tendance à faire avec ce genre de rappeur sur-influencé. Là, on écoute « A$AP », un son qui leur est propre et qui nous fait regretter de ne pas retrouver de nouvelles prods d’ASAP Ty Beats sur cet album.

Quand j’ai entendu Acid Drip pour la première fois, sans savoir qui en était l’auteur, je me suis dis que la prod aurait tout a fait eu sa place sur Goblin de Tyler, The Creator. Après avoir appris qui était derrière ces nappes de synthétiseur, j’ai compris pourquoi. Il y a 5/6 ans, à l’époque où ASAP Rocky devait tourner aux produits Texans de Salih Williams, Soufien3000 se nourrissait du son de Pharrell Williams et Chad Hugo, tout comme Tyler… et je pense que l’un comme l’autre le revendique fièrement. Mais là où Tyler aurait fait une chanson dépressive, Rocky rap dans l’état second procuré par la prise de drogues pour en faire un hymne à la lévitation artificielle.

Le cœur du disque, tracks 8-9-10, est d’une lourdeur infinie. Musique de saloon enfumé, pour moi de loin le sommet de l’album, où l’on retrouve notamment les deux prods de Beautiful Lou. Si ce dernier n’a pas encore l’aura que peut avoir Clams Casino, il confirme en tout cas qu’il est l’autre cadeau qu’aura fait Lil B au rap en le découvrant. Il démontre aussi avec ces deux prods qu’il est peut être plus polyvalent que ne peut l’être son comparse du New Jersey. En tout cas l’album de Mobbin No Sobbin, entièrement produit par lui et rappé par Western Tink, n’en fini pas d’être une des grosses attentes de cette fin d’année.

LiveLoveA$ap – ASAP Rocky

Pour conclure, je reviendrai sur ce que j’ai déjà dit, LiveLoveA$ap est un bon album pour peu qu’on l’aborde comme il doit l’être, c’est à dire comme le premier disque d’un rappeur qui n’avait rien fait avant. Il n’a certainement pas le potentiel d’un album mainstream, ou pour plaire sur la longueur au (grand) public que visera désormais ASAP Rocky, mais pour quiconque a de l’amour pour les musiques que célèbre Rocky sur ce disque, ce sera sans doute un des grands moments de l’année 2011.

10 comments

novembre 4th, 2011

Super critique. Grâce a toi et au Captain Nemo que j’ai découvert ce rookie, il est très très fort, et j’étais fan depuis Purple Swag et Peso aussi.

Bon et ho ! Maintenant va falloir parler de SpaceGhostPurrp, ce mec est dingue !

admin

novembre 4th, 2011

Merci. Big up au Captain.

J’ai déjà parlé de SpaceGhost Purrp il y a un moment en fait: http://purebakingsoda.fr/?p=690

Hugo

novembre 4th, 2011

Très bonne chronique, je sais plus quand t’as balancé le clip de « Get High » sur twitter mais merci pour la découverte. Par contre je suis d’humeur à faire chier le monde, donc en français on dit pas « versatile » mais « polyvalent ». Voilà.
Cheers.

Rascar Capac

novembre 4th, 2011

Une idée de date pour ce live parisien?

Pellion Purrp

novembre 4th, 2011

Hugo -> haha, ok merci, je vais corriger pour la peine.

Rascar -> AH oui, j’ai perdu le fil avec ça, je voulais le préciser ensuite puis… En fait le live était prévu pour les alentours d’octobre/novembre… mais du fait de la signature en major au début du mois derniers, les choses sont beaucoup plus compliqués. Donc pour l’instant rien n’est vraiment prévu. Désolé.

lopez

novembre 14th, 2011

belle critique

casper

novembre 15th, 2011

y a des milliards de homies qui rappent comme ca!
musique de saloon, ouais, avec une loop pour chasseurs de primes et autres marshalls…Pour moi, un buzz crée ex nihilo, pas mérité, le type est moyen, il fait du rap de base, enfon c’est pas Nas, Kool G Rap, Nécro ou Rakim…Ses « versus » sont versatiles, polyvalents, proteiformes, moléculaires, expansifs? Je ne vois pas en quoi! Sony/RCA a mis de l’argent sur ce mec, via une chronique sur ton site dont je n’ai entendu parler qu’accidentellement? C’est du story telling ou quoi? La belle histoire…une histoire de niches, cibles, targets, coeur de cible,
quid du downsizing chez Sony RCA? Je croyais que k’industrie du skeud était a l’agonie, malgré les pools monopolistiques…Bon, ce rappeur n’est pas excécrable mais il ne vaut pas un gore tex, un Bill, un Mister Hyde, un Caligula (new orleans), faut arrêter l’onanisme cérébral..

coca

novembre 16th, 2011

super livre le Quid mais un peu obsolète avec internet etc.

casper

novembre 16th, 2011

ouais, avec internet, pas besoin de lire ou d’écrire correctement…Vive le Quid et le Digest’s…

coca

novembre 16th, 2011

ah c’est cool que tu t’en rendes compte. homie.

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